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06/05-La Ducatitan - Kaliméro

 
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Les Animateurs
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MessagePosté le: 17 Jan 2006, 14:17    Sujet du message: 06/05-La Ducatitan - Kaliméro Répondre en citant

 

La Ducatitan

par Kaliméro
2005
 
 
C'était prévu de longue date, attendu avec impatience et préparé avec délectation :
La Ducatitan, la bien nommée, le premier Squadra Tour organisé par le Club Ducati du Ducati Store Squadra de la Seyne/Mer (Toulon 83).
Au programme une grande boucle de 4 jours en direction des Alpes, avec plus d'une quinzaine de cols de plus de 1000 m, des ascensions en pagailles sur des chemins de chèvres, des accès tout juste ouverts, tapissés de sels, encombrés de pierres et frangés de neige ...
L'enfer pour toute sportive Japanouille ou 9xx, la difficulté pour les SS Italiennes, la découverte pour les ST voyageuses, le terrain de jeu des Mostro et le bonheur des Multistrada ...
 
Au départ 17 motos, 24 personnes, 4 japonaises, et le reste des Ducatis. Toute la gamme actuelle est représentée, en général des machines flambant neuves, des pilotes aux tenues de cuirs assorties aux casques et aux motos.
 
Avec ma Mostro 900 Dark de 5 ans, pas bien nettoyée depuis mon retour pluvieux du Bol Classique, les cavalières et mon duvet dans son sac poubelle, j'ai un peu l'air du canard noir de la couvée. Chacun embarque ses valises (de voyages) dans la camionnette d'assistance. A la vue de la montagne de sacs et du BBQ géant qui remplissent le fourgon, je me demande comment nous ferons si nous sommes obligés de charger une moto dans le camion ?!?
 
Les moteurs ronflent, les Japonaises hurlent au rupteur pour s'assurer qu'elles ont bien démarrées car le grondement des Ducati couvrent leurs miaulements ...
Nous roulons à un rythme plutôt paisible. Je commence d'ailleurs à ronger mon frein sous mon casque. Je me raisonne par des phrases sibyllines du type "tu ne vas pas déjà te faire remarquer ! attend encore un peu" ... C'est la première fois que je roule avec le Squadra Club, et le rythme est bien loin de celui que nous prenons lors de nos ballades dominicales avec les copains de BMS. Je me rends compte que je ne suis pas le seul à bouillir, une Gex 750 tente un passage en force lors d'une courbe large, puis c'est une Multistrada qui essaye de doubler mais l'ouvreur et son adjoint veille, il ferment la porte et bloquent la MTS d'un geste sans équivoque lui indiquant de se replacer dans le rang ...
 
Je suis plutôt abasourdi, je commence à supposer que le voyage risque d'être moins plaisant que prévu. Lorsque l'ouvreur, par de grands gestes du bras, nous indique que la voie est libre ... justement nous sommes au départ d'un col et ... c'est le lâché des fauves vers le quartier de viande saignant et appétissant : de la route torturée à souhait, de l'épingle bien aiguisée, du sous-bois lisse et luisant, du virage en chaîne, des raidillons ardus, ... tout pour se régaler. La Gex passe le couteau entre les dents, puis la Multistrada, affûtée comme un scalpel, talonnée par un supermotard XR en bûcheronnage. J'essaye de m'accrocher au nouveau rythme de tête qui vient de passer d'une extrême à l'autre ... excellent !!!
 
Nous arrivons dans des gorges au bord d'un lac près de Castellane, dans l'attente de la camionnette et du pic-nique. Mais c'est un terrible orage de montagne qui nous rejoint. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire nous voici plongés sous un déluge de grêle, puis de pluie ... c'est la débandade, le pilote de la SS 1000 déclare avec un superbe accent du Gard, en enfilant son casque, qu'il "roule jusqu'à ce qu'il ne pleuve plus" ... pourvu que cela ne dure pas trois jours !!!
 
Je pars le dernier et la camionnette me double, je la suis, nous nous abritons sous un abris à vélo au bord de la route, le reste de la bande est caché sous une coursive d'escalier qui mène à un bar-restaurant ... ils ont du flair !! Le pauvre restaurateur plongé dans l'obscurité, sans électricité et dans l'impossibilité de cuisiner n'a sûrement jamais eu autant de monde dans son restaurant. Outre les quelques clients des environs, il y a un groupe de randonneurs, une poignée de cyclistes et notre équipe de motards. Nous nous accommoderons avec bonheur de son hospitalité et d'une délicieuse bruscietta.
 
Certains prétendent que les forces de la nature sont les charnières des épisodes de la vie. La grêle nous a pleinement projeté au coeur de notre périple. Comme la page d'un livre que l'on tourne sur un nouveau chapitre, nous avons oublié notre quotidien pour ne former qu'un groupe de Ducatistes en partance vers les sommets Alpins.
 
La pluie en a malheureusement refroidi plus d'un, et notre chef de groupe décide de rallier l'hébergement par des routes en fond de vallée plus rapides et plus sures. Ses craintes sont confirmées par des motards attablés autour d'un café qui parlent de pluie, de cols difficiles à franchir, des dangers de la montagne, etc ...
Je ne pourrais affirmer avoir réellement apprécié ce changement d'itinéraire, les nuages s'accumulent sous mon casque et au fur et à mesure que les kilomètres de nationale se déroulent ma colère et ma frustration vont grandissantes, je râle et regarde avec consternation le Col de Vars qui nous surplombe et que nous ne grimperons pas ...
Mais déjà nous arrivons à notre étape, à Mont-Dauphin, une magnifique forteresse militaire avec des bâtiments d'époques. Nous sommes royalement logés dans les quartiers des officiers et j'ai un petit appartement pour moi tout seul. La vue est splendide, le village bucolique et les désagréments routiers disparaissent en un instant. Nous nous retrouvons le soir autour d'un apéritif puis d'un repas succulent dans l'ambiance chaleureuse d'une salle de garde voûtée aux murs peints.
 
 
 
Le 2e jour, à 07H00 tout le groupe est sur le pied de guerre, chacun graisse sa chaîne, l'autre lave sa monture, certains discutent et comparent les différents modèles, suit un petit déjeuner montagnard et c'est le départ pour l'ascension du col d'Allos. Magnifique ! après un passage en forêt la route étroite et sinueuse s'engouffre entre deux murs de neige et arrive à plus d'un millier de mètres d'altitude sur une pente dénudée et balayée par des vents froids. Je place la Mostro dans la neige pour la photo, mais je garde la cagoule et les gants. Nous sommes tous frigorifiés et éblouis par les paysages environnants. Les cols s'enchaînent et se succèdent, les routes en mauvais états des vieux villages sont remplacées par les voies noires et larges des stations de ski. Les sourires sont cachés sous les casques mais ils sont bien présents, chacun, même les moins téméraires, s'extasie sur le parcours accompli.
 
Finalement nous abordons un passage beaucoup moins plaisant, la jonction par la nationale pour rejoindre Albertville. Le parcours de liaison est ennuyeux au possible, ponctué de village, de feux, de camions et parfois même de radars. Les encadrants font de leur mieux pour maintenir l'unité du groupe et nous faire progresser tous ensemble. Au bout d'un certain temps je n'en peux plus, je m'échappe en roulant à allure modérée mais de manière constante. Je roule ainsi jusqu'aux abord de la ville Olympique. J'ai bien pris une demi-heure d'avance sur le reste de la troupe. Assis sur le bord de la route je les attends et j'entends un grondement sourd qui se rapproche, l'écho des Termignoni roule dans la campagne.
 
Tout le monde est épuisé, il reste bien un col à faire, mais ça ne vaut peut être pas le coup, la fatigue, le temps couvert, autant rallier de suite notre lieux d'hébergement ... Cette fois ci j'explose, vous pouvez décider de ne pas le faire quant à moi j'y vais, si d'autres le souhaitent c'est tant mieux ... finalement tout le monde vient. Et quel bonheur ! un petite route merveilleuse, défoncée et pleine de gravillons pour déboucher sur une véritable piste qui file en lacet vers une station. Au sommet nous investissons le seul bistrot ouvert, une sorte de chalet en pin, rustique et sobre, intégré dans une galerie marchande ?!?!
 
Après une razzia de cafés, chocolats chauds nous reprenons nos Bolognaises pour nous diriger vers notre logement de la nuit. Un petit hôtel en bordure de route qui nous accueille avec beaucoup de gentillesse et de simplicité. Nous sommes pratiquement les seuls clients, ou bien ils se sont fait très discrets suite à notre invasion.
Sur le parking trois courageux tentent de régler les suspensions trop molles d'un S4R. Au bar c'est la tournée générale, la bière coule à flot et les rires progressent en intensité sonore ...
 
 
 
Le 3e jour, départ à 09h00, personne ne lave sa moto ce matin, idem pour la graisse, on verra plus tard. Les plus méticuleux utilisent quelques lingettes pour faire reluire le Rosso Corsa des carénages. Et c'est le départ vers la Savoie, la Haute Savoie puis l'Isère, trois département dans la journée. La grande étape de 400 Km, ce qui semble peu sur le papier, mais lorsqu'il s'agit de cols de montagne principalement, cela fait des heures de roulage. Nous passons dans une coopérative aux environs de Megève et remplissons nos besaces de tomes et de reblochons. Puis en route !!!
 
Lors d'une pause il est décidé que nous ferons une séance photo individuelle. Chaque moto part seule toutes les 30 secondes, façon rallye. Le photographe est placé trois ou quatre virages après. On se retrouve tous au petit village 10 Km plus loin pour l'essence. Je pars 3e, après la ST3 et la 999. Evidemment il m'est insupportable d'imaginer que d'autres roulent devant en toute tranquillité. Je cravache la Mostro jusqu'à distinguer la 999, la passer puis met les bouchées doubles pour rattraper la ST3, ce sera fait mais seulement aux abords du village. Nous cherchons une station, puis la ST3 repart attendre au carrefour les autres compéti.... participants. J'attend avec le proprio de la 999 à la station, nous parions le prochain café quant au coté par lequel va apparaître le groupe ... rien ...
 
C'est la ST3 qui arrive plein gaz, fait un demi-tour tout en nous indiquant par des tas de gestes qu'il faut partir et vite !!! j'ai pas très bien compris le reste du discours. Mais je me retrouve avec les gants de travers, la cagoule à moitié enfilée sous le casque à tracer dans le sillage de la ST. Les autres sont tous passés, ne nous ont pas vu et ont continué ?!? Je ne pensais pas qu'une ST pouvait ouvrir aussi fort, le Col du Tamier fut englouti à un rythme de SBK qui n'aurait pas fait rougir les participants au Moto Tour.
 
Finalement la pause fromage nous a fait perdre pas mal de temps et nous voici obligés de suivre un itinéraire "rapide" pour rejoindre et passer Grenoble. Nous arrivons vers 14h00 dans une charmante petite fermette, après Mens, pour déguster des grillades ...
 
5 heures de roulage d'affilée, la fatigue des jours précédents et la digestion ont raison des plus vaillants. Le groupe dans son ensemble décide d'abandonner le trajet de 180 km de l'après midi avec plus de trois cols à franchir et choisit un petit tracé campagnard de 70 bornes. Tous sauf un ... ben oui, je râle, maugrée et finalement demande la carte pour partir seul sur le grand tour. L'encadrant (en SS 750) décide de le faire avec moi, puis les "furieux" se joignent à l'expédition.
 
On nous avait annoncé un retour en soirée aux alentour de 20h00, nous voici donc parti sur un rythme "allegro rapido", nous traversons des paysages superbes, des vallées verdoyantes, des montagnes rocheuses, des forêts sombres et des hameaux aux noms évocateurs de traditions populaires. Le Supermotard enchaîne les virages tout en glisse en travers de la route, la Multistrada s'envole sur les dos d'âne, tandis que la GEX range à grands hurlements de Yoshimura les jeunes montagnards du coin en divagation cyclomotorisée sur la voie.
 
Nous arrivons quelques heures plus tard au gîte en même temps que l'autre groupe campagnard !!! Sans aucun regret et avec un réel plaisir.
 
La soirée sera mémorable, nous dînons dans une salle qui nous est réservée, quelques bières et un excellent vin rouge de la région arrosent un repas gargantuesque. Je ne me rappelle pas avoir autant ri depuis plusieurs années ... beaucoup de joie et de plaisir, nous retraçons nos péripéties, la bonne humeur et l'amitié assaisonnent ces instants délicieux.
 
 
 
4e jour, c'est le retour, le réveil est difficile, j'aurais aimé que cela continue encore et encore ... chaque jour pour rouler !!! La question ne se pose pas, de quoi sera fait aujourd'hui ? Que du bonheur ...
 
Les sacs et les valises sont prêtes, les motos redémarrent, en route pour la maison. Nous quittons l'Isère pour les Alpes de Haute Provence, puis les Bouches du Rhône, et enfin le Var ... le paysage change, les signes du pays s'annoncent, les oliviers, les chênes verts, et la garrigue. La pluie fut notre porte des montagnes, c'est le vent qui nous ramène. Le Mistral, si cher aux gens du sud, qui nettoie et assèche, il descend le cours du Rhône et ventile les forêts. Il nous pousse et souffle sous nos casques le parfum des genets et du romarin. Certains disent qu'il rend fou, c'est peut être vrai quand on voit les vitesses que nous atteignons sur certaines portions de route. Nos chevaux Desmodromico sentent l'écurie ... Au long du chemin notre troupe s'égaye, ceux là partent de St Maximin, les autres à La Ciotat, finalement à l'arrivée au Ducati Store nous serons seulement une poignée, heureux et fatigués. Pas une chute, pas une panne, que du bon !!!
 
Ce furent quatre jours splendides, de ces instants qui restent gravés dans les mémoires, qui rendent le quotidien morne et pesant, qui portent en eux la sensation d'avoir approché l'exceptionnel, vécu une parenthèse que l'on aimerait ne pas refermer et que l'on voit s'éloigner au fil des jours avec regret ...
 
 

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