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07/04-Opération Forêt Noire - Jef.Ch

 
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MessagePosté le: 17 Jan 2006, 13:47    Sujet du message: 07/04-Opération Forêt Noire - Jef.Ch Répondre en citant

 


Opération Forêt Noire

Par Jef.Ch

Juillet 2004

 

En ce paisible samedi matin, rien ne laissait présager d’une pareille aventure. Régine (mon ministre de tutelle…) et moi hésitions quand au programme de notre ouiquande (moto ou bateau?), et soudain, l’idée: «et si on téléphonait à Marthaler?» Une courte explication s’impose: Kurt Marthaler était mon supérieur hiérarchique, du temps d’un emploi précédent entre 1988 et 1992. Nous étions 4-5 motards dans le même bureau, et on faisait souvent des tours ensemble.

Bref, je me saisis d’un geste viril du combiné réglementaire, et compose le numéro secret de mon ancien mentor.

Ça tombe bien, il s’apprêtait à passer un samedi déprimant, soumis aux diktats féminins des impératifs de l’intendance (en bon français: faire les courses avec Bonbonne pour remplir le frigo, faut tout traduire pour les civils…). Notre appel le sort de sa morosité. Rendez-vous chez lui, à Olten, à 1300 au plus tard. Le temps de s’équiper, de remplir les réservoirs, et de tracer vite fait par l’autoroute (je sais, Chef, mais c’est pour la bonne cause…) les 60km qui séparent Bienne d’Olten. Entretemps, il aura planifié notre mission de l’après-midi sur ses cartes d’état-major.

Après une courte visite de ses somptueux quartiers, il est l’heure de prendre congé de sa femme et de sa fille. Je promets solennellement à ces dames de veiller sur notre chef, et de ramener personnellement son corps coûte-que-coûte s’il devait décéder en première ligne. Quoique… 120 kilos de barbaque à vue-de-nez à répartir dans les valises, top-case et sac-réservoir de mon Sherman, ça risque d’être un peu juste et je craindrais de devoir faire 2 voyages... Sad

Le capitaine Kurt sort lui-même son char du blockhaus, et nous nous livrons à un –bref- inventaire de notre équipement. Honneur aux dames: Régine, seule représentante des forces féminines, chevauche sa désormais fidèle NTV650. Le bleu-vert de son véhicule est suffisamment foncé pour passer pour du camouflage. Le capitaine à troqué l’an dernier, après 12 ans de bons et loyaux services, son inoxydable DR750Big contre une V-Storm noire, parfaitement adaptée donc. Et votre serviteur manœuvre toujours aux commandes de son célèbre char anthracite, qui se fond au mieux avec son bitumeux terrain de prédilection. Le soldat de 1ère classe Colin veille à la tourelle et me préviendra en cas de danger. Je sais pertinemment que ça va être une longue mission pour un bleubite, mais à la guerre comme à la guerre!

Notre armement en revanche se réduit à quelques couteaux. Suisse évidemment pour le capitaine, avec une lime à ongle redoutable pour la Dame, et je dispose des services du Virginia «marine» qui ne me quitte jamais et d’un Leatherman en cas de coup dur. C’est peu, mais en l’absence cette fois de valise diplomatique, on devra se contenter du minimum légal.

Et c’est parti pour cette noble mission, qui restera longtemps gravée dans nos esprits sous le nom de code d’expédition Forêt Noire.

Le capitaine est encore de ces gradés à l’ancienne qui conduisent eux-mêmes leurs hommes au combat, c’est donc lui qui ouvre la route, d’autant plus qu’il a déjà effectué de nombreuses missions secrètes de l’autre côté de la frontière et surtout c’est lui qui a la carte. Régine le suit en embuscade, et comme nous disposons de l’armement le plus lourd, Colin et moi fermons la marche.

Comme nous n’avons encore jamais roulé dans cette configuration, il nous faut quelques kilomètres pour trouver nos marques. Le rythme restera –hélas- des plus paisibles, comme il sied à notre vieux chef (58 ans quand même…) ainsi qu’à ma Dame et à son permis d’à peine 12 jours. A Bad-Säckingen, nous réussissons à tromper la vigilance des garde-frontières en nous dissimulant dans la foule des réfugiés suisses qui vont faire leurs courses en Allemagne parce que c’est moins cher. En l’occurrence, ces mauvais patriotes servent notre dessein. Ensuite, on passe par Wehr (abréviation de Wehrmacht?) et on s’enfile une succession de virolets très correctement revêtus pour de la route étrangère. Jusqu’à Todtmoos. Le marais de la mort… Nonobstant ce nom qui fait froid dans le dos et le riant cimetière qui nous accueille à l’entrée du village, c’est un endroit aussi sinistre qu’un bled allemand perdu en pleine forêt, cerné par des collines aux ombres menaçantes peut l’être. Les nombreux civils qui parsèment les rues de ce village typique se révèlent être des curistes. L’office du tourisme du lieu, dans un excès de lobbying incroyable, a semble-t-il réussi à persuader les caisses maladies que le climat local était bon à quelque chose. Probablement souverain contre les excès d’optimisme et les crises de fou-rire, mais…

Nous camouflons nos montures dans un endroit peu fréquenté. Il faut dire que nous sommes des motards suisses, ce qui signifie qu’aucun d’entre nous ne dispose du moindre antivol, seuls les 8 ans de la NTV et les 14 de la Pan pourront rebuter les malandrins. Pour la V-Storm modèle 2003… mettons que nous saurons apprécier au besoin le sacrifice de notre chef à sa juste valeur… Puis nous déambulons d’un air détaché en direction d’une auberge typique.

Partie délicate de la mission, c’est Colin quoi demande d’un air ingénu au sergent-major déguisé en serveuse si, puisque nous sommes en Forêt-Noire, il serait à tout hasard possible de goûter au célèbre gâteau du lieu (Schwarzwald Torte pour les intimes). Ce n’est pas possible en ces lieux, mais devant l’air déconfit du petit, la serveuse attendrie craque et nous livre l’adresse de la meilleure pâtisserie-confiserie de Todtmoos. La victoire est à notre portée…

Si ce n’est que la-dite enseigne est à plus de 600 mètres de l’endroit où nous sommes garés, et que dans un légitime souci de discrétion, nous décidons de nous y rendre à pied (pédibus com marchem), quitte à devoir s’éparpiller en petits groupes de 4 maximum… Smile

Aux confins du village, on découvre enfin cet endroit idyllique, mais tel Hansel et Gretel dans le conte de Grimm, on se demande si ce n’est pas un piège. Je décide d’appliquer la stratégie expérimentale du colonel Kruel (si t’eSSailes pas…) et on y va…

Une première déception attend Colin. Les hélas gutturales explications de la pourtant sculpturale servante nous apprennent que la quantité de Kirsch présente dans le-dit gâteau en rend sa consommation tout simplement impropre aux mineurs (oups!). Aie, il va falloir jouer serré. Qu’importe, Colin se rabat sur une tarte aux fraises et Régine prend le prétexte de son allergie au gluten pour échapper à cette corvée et préférer un florentin au diamètre de frisbee. Le Capitaine et moi, comme un seul homme, décidons de foncer dans le tas (de gâteaux…). Non sans commander moultes boissons, minérales et caféïnées tant ces sucreries sont connues pour être des «fout-la-soif» de première. Qu’il est beau mon capitaine, la serviette de papier avantageusement coincée dans le col de son ti-sheurte, la fourchette vaillamment pointée sur la tranche de tourte Forêt-Noire qu’il apprête à annexer! On goûte prudemment, et on échange nos impressions. La crème fouettée est scandaleusement moelleuse, les couches de gâteau au chocolat qui alternent avec la crème seraient d’une légèreté indécente, si un pâtissier malin ne les avait copieusement noyées dans des tonneaux du meilleur Kirsch, le fond de confiture de griottes qui repose sur une pâte divine est à se damner…

Pour tout dire, on a peine à croire que des Allemands, plus réputés pour le côté «binaire» de leur cuisine (patates, saucisses, saucisses, patates…) arrivent à réaliser pareil miracle. Le capitaine, stimulé par une overdose de Kirsch, envisage ni plus ni moins de demander l’asile politique, et il faut toute la diplomatie de Régine (cholesthérol, régime, surpoids…) pour le ramener à un semblant de raison. On se dépêche de s’acquitter d’une somme d’une modestie folle et on réussi contre toute attente à fuir cette horrible tentation sans re-lécher les assiettes une dernière fois.

Après une marche qui paraît plus longue qu’à l’aller, nous retrouvons nos motos. La suite de la route présente heureusement une succession de virages parfaitement compatibles avec la quantité de Kirsch ingérée. Puis nous passons la frontière à Rheinfelden, noyés cette fois dans le flot automobilesque de ces sales capitalistes allemands qui viennent faire le plein d’essence en Suisse et pomper nos réserves. Liestal, Seltisberg, Délémont… on s’arrête pour un dernier verre, puis Kurt repart pour Olten tandis que nous rentrons à Bienne. Il va sans dire qu’après 290 km à peine nos machines ne sont même pas sur la réserve…

On retrouve Lauriane et la copine avec laquelle elle a passé l’après-midi, alors qu’en représailles on devra accepter que son amie passe la nuit chez nous, contingence classique pour qui doit camoufler ses activités secrètes derrière un paravent d’apparences familiales…

Reste que ce gâteau, bordel…

En conclusion du présent rapport, je préconise que dans le cadre d’un prochain exercice estival, la troupe des Bitumeurs se joigne à moi pour participer à une ballade des plus efficaces, en territoire helvétique et dans ses proches environs, sur 4 ou 5 jours comme de coutume. Et qu’à cette occasion nous lancions un jour une expédition punitive en Forêt-noire, afin de venger la dégoûtante tentative d’attentat dont nos estomacs ont failli être victimes. Il va sans dire que je compte sur les indéfectibles capacités du sergent Big-Dave pour triompher de cette engeance germanique.

Amitiés,

A+,

Le Jef-mission-accomplie,-Chef!

 

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