Se connecter pour vérifier ses messages privés   S'enregistrer   Connexion   FAQ   Rechercher
Les Bitumeurs Index du Forum Les Bitumeurs

05/05-Tranche de Varoise - Ninou.

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Les Bitumeurs Index du Forum -> Les récits des Bitumeurs
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Les Animateurs
_________________________________


Inscrit le: 16 Jan 2006
Messages: 1736
Localisation: Animateurs

MessagePosté le: 17 Jan 2006, 14:07    Sujet du message: 05/05-Tranche de Varoise - Ninou. Répondre en citant

 
 
 

Un CR de Varoise inachevé

 
Par Ninou

 

En préambule, précisons que les Varoises sont organisées par l'ami Yves83, vous pouvez retrouver l'intégralité des infos et des CR sur son site :

http://groups.msn.com/WebMotoClubdeFrance/bienvenuesurlesiteduwebmotoclubdefrance.msnw?pgmarket=fr-fr

 Ninou nous gratifie donc d'une tranche de Varoise, dégustons sans modération ...
 
 

Un compte-rendu, un compte-rendu... vous en avez de bonnes vous! Comment retranscrire l'indescriptible, l'ineffable, l'indicible, l’inénarrable... surtout quand toute la semaine se résume au défilement vertigineux d'images floues et disparates, les seuls vestiges qu'un cerveau embrumé par tant d’émotions et de bonheur me permette d'articuler, et encore... Non, pour retranscrire cette semaine, il faudrait que le siège de la mémoire se trouvât dans le coeur, dans les tripes! Et quand bien même! Ne serait-ce qu'au rythme d'un mot par virage, l'oeuvre serait titanesque!

Il y a pourtant un lien conducteur qui réunit toutes ces images floues et confuses, un fil rouge en quelque sorte. Ou gris plutôt. Un fil gris bien tortueux, comme si ce fil était encore sur l’écheveau. Un ruban gris, même si sa largeur rappelait parfois plus le fil que le ruban, souvent bosselé, parfois gravillonneux, tutoyant tour à tour roc ou précipice. Sur ce ruban, un groupe de motos variées, un groupe de motards animés au plus haut point de l'amour de la moto, épris de liberté et d’amitié complice, mais surtout gardiens de la plus noble des obsessions motardes, toujours en proie à une quête incessamment renouvelée: pourrir son prochain! Et ceci, en toute mauvaise foi, s'entend.

Pour moi la Varoise 4 a commencé à l’aéroport de Marseille Marignanne où JP a eu la gentillesse de venir me chercher. J'arrive à peine dans la salle des bagages que JP m'aborde d'un "Ninou?" agrémenté des volutes de fumée d'une cigarette roulée à la main. Il m'a reconnu. Il faut dire que je porte un blouson de moto et que j'ai un casque à la main. Je rencontre enfin JP. Et là, je comprends pourquoi ses amis l'appellent "la crevette". Une crevette grise, vu tout ce qu'il fume l'animal! Une crevette bien sympathique en tous cas.

Mon sac arrive bien vite et nous rejoignons la JPmobile, direction le cours Lieutaud pour aller récupérer ma moto de location, une Yamaha Fazer 600. Alors que nous arrivons sur le cours Lieutaud, JP reçoit un message sur son portable: c'est Jeff, notre suisse bancal national, qui nous informe qu'il est en face du hall 1 à l’aéroport de Marignanne! On s'est quelque peu ratés... Ça n'est pas grave, il va aller sur Marseille centre et nous le récupérerons plus tard.

Je prends donc possession de ma moto de location, une jolie Fazer 600 bleue de 25000 km. Je suis surpris de voir qu'elle est équipée d'un pot Devil, qui lui donne, ma foi, un joli son sans être trop bruyant. Je regarde de quel type de pneus elle est équipée. C'est du D207 à l'avant, en bon état. À l’arrière par contre, c'est du D205, et on voit qu'il a vécu... Je le fais remarquer au vendeur, mais celui-ci m'assure que le pneu fera largement les 2000 km que je me propose de faire pendant la semaine. De plus, JP me confirme que le D205, c'est vraiment un pneu "en bois" et qu'il est virtuellement inusable. La bonne nouvelle est que le pneu devrait donc tenir pour toute la varoise, mais je ne suis pas particulièrement réjoui à l’idée d’être équipé d'un pneu en bois. Je me vois déjà en train de faire des exercices de style dans tous les virages de la varoise, tout en glisse de l’arrière...

Un top case très facile d'emploi complète l’équipement de la Fazer. La position de conduite me déroute un peu lorsque je m'assois dessus pour la première fois. J'avais imaginé qu'elle aurait une position de conduite plus sportive, dans le style sport-GT. Là, j'ai l'impression d’être sur un trail.

Bref, c'est parti. Je suis JP et sa JPmobile dans le trafic marseillais. La prise en main est facile, elle est légère, braque bien et le moteur très agréable. Seul le pneu arrière ne m'inspire pas confiance, et ça ne sera pas aidé par ce qui arrive ensuite. Dans une petite rue, une voiture, dont le conducteur semble manifestement à la recherche de son chemin, roule très lentement et nous bouchonne. JP n'est pas très patient et se décide à doubler l'importun. Je lui emboîte la roue mais quelle n'est pas ma surprise de voir qu'il tourne dans une rue à droite juste après avoir doublé l’égaré! Je décide de retarder un peu mon freinage pour ne pas faire une queue de poisson à la voiture que je viens de doubler. Cela veut donc dire qu'il faudra que je freine un peu plus fort. Pas de problème, freinage un peu appuyé et puis je commence à tourner. Et là, 2ème surprise, JP s’arrête dans son virage pour échanger des mots aimables avec le conducteur d'une voiture qui arrivait en sens inverse dans l’étroite rue où nous tournons et qui a cru que JP allait lui rentrer dedans, vues l'allure et la soudaineté de sa manoeuvre. Ça veut dire qu'il va falloir que je freine encore plus fort! Bref, je me fais une belle glissade de l’arrière, le guidon complètement braqué dans l'autre sens mais je m’arrête somme toute assez tranquillement derrière JP. J'assiste amusé à la fin de l’échange courtois entre JP et le conducteur mais je me dis que ce pneu arrière glisse vraiment.

Arrivés chez JP nous allons directement au garage où il récupère la 748 rats et nous partons pour le Vieux Port chercher Jeff qui nous y attend, non sans que j'aie brièvement fait connaissance avec Nanjing et Gex d'O qui habitent la même cité que JP. Jeff est bien au rendez-vous et je fais enfin connaissance de Jeff, sa Pan et les célèbres béquilles qui y sont arrimées. Nous n'avons pas vraiment le temps de discuter car nous décidons de rentrer directement chez JP. Nous mettons les motos au garage et montons chez JP. Kokxinel nous y accueille. Pendant que JP et moi nous gavons de cacahouètes en buvant un verre, Jeff se remet des fatigues du voyage en prenant une douche. Nous partons ensuite chez Sud chez qui nous mangerons et qui m’hébergera pour la nuit.

Ha, il n'a pas changé le Sud! Et c'est tant mieux! Quelle gouaille! Il a bien la moto qui correspond à son débit de paroles le Sud: un 600, 4 cylindres. Il est tout le temps a 14000 tours lorsqu'il jacte le bougre, c'est-à-dire en permanence! Même pas en 34 chevaux en plus! Pour la version 34 chevaux, il n'y a pas à chercher bien loin: France, la petite dernière de la famille Sud. Ça ne fait pas 2 minutes que je suis chez Sud, que je ne peux m’empêcher de lui demander, dans un rare moment de répit que je saisis au vol et à bras le corps: "tu ne serais pas la fille à ton père toi?". Le reste de la famille, l’épouse de Sud et sa fille aînée, est un peu plus effacé (ouf!) mais elles se rattrapent en faisant assaut de charme et de gentillesse.

Après un apéro, qui, au grand dam de Sud, ne fera pas de coupe notable dans l'inventaire de bouteilles de son bar, agrémenté de force olives, cacahouètes (décidément!) et gâteaux apéritifs, nous passons à table à l'invitation pressante et désespérée de l’épouse de Sud qui voit le fruit de son labeur culinaire partir doucement mais inexorablement en fumée pendant que son blagueur de mari nous tient sous un barrage nourri de "t'sais", "et tout" et autres "t'vois". En tant que végétarien, j'ai droit à un plat spécial. Je me régale, mais les cacahouètes font leur effet, et je cale avant de pouvoir tout finir. Ça n'est pourtant pas fini, car l'apparition d'un magnifique gâteau agrémenté de moult fraises nous apprend que c'est en fait l'anniversaire de Sud! 41 ans le galopiot! Il nous l'avait caché.Quel dommage! Nous ne lui avons pas apporté de cadeau. Comme nous allons à Lambesc le lendemain, nous nous promettons de nous cotiser et de lui offrir quelques poneys d'occasion de plus pour son Hornet. Il m’échoit l'honneur de couper et servir le gateau, tâche dont je m'acquitte avec quelque difficulté mais somme toute honorablement.

Une dégustation d'armagnac et 11638 "t'vois" plus tard, JP et Jeff nous quittent. Ils repasseront me chercher demain matin pour aller à Lambesc. Le canapé a été transformé en lit et, mon hôte devant se lever très tot, 6785 "t'sais" plus tard, je me retrouve seul perdu au milieu des 883 chaines disponibles sur la télé. J'en profite pour regarder du foot (il y avait une journée de championnat ce soir) et les résumés du rallye de San Remo. Et puis je remarque le tome 1 du Joe Bar Team, que je relis, histoire de bien m’imprégner de l'ambiance qui présidera à la Varoise, avant d’éteindre la lumière. Il est 2h30 du matin avec tout ça...

Juste au-dessus de ma tête, une pendule qui sonne toutes les heures se charge de me tenir éveillé et je peux donc constater que Sud se lève en effet très tôt le dimanche matin et ne se recouche pas après avoir fini ses corvées malgré ses maigres 4 heures de sommeil. Il préfère jouer à Counter Strike en réseau le chenapan! Il vient me "réveiller" à 9h, comme je le lui avais demandé la veille. Le temps d'avaler un jus d'orange et de parfaire ma culture Pokémon grace à France, et JP et Jeff arrivent. Je prends congé de mes hôtes en les remerciant de leur hospitalité et de leur gentillesse, mais je les reverrai dans quelques heures lorsque je passerai chercher mes affaires au retour de Lambesc.

Avec JP comme pilote et Jeff comme copilote, la JPmobile avale la cinquantaine de kilomètres qui nous séparent de Lambesc pendant que, assis derrière, j'essaie péniblement de rester éveillé. Arrivés à Lambesc, le froid se charge de me réveiller. Il ne fait en effet pas chaud, et j'ai été un peu optimiste avec mon seul t-shirt. À manches longues, certes, mais tout de même. Je recherche le soleil, tout comme Jeff, qui, malgré ses béquilles, se fraye prestement un chemin dans la foule des motards, au milieu des exposants et d'un capharnaüm indescriptible de vieilles pièces mécaniques sales et rouillées, de morceaux de carénages disparates et bariolés, de pneus usagés et de quelques motos complètes, qui, pour la plupart, sont à vendre "en l’état", ce qui, pour certains vendeurs, inclut la crasse et les toiles d’araignées qu'ils n'ont pas cru bon devoir enlever. Ne goûtant pas la mécanique ni le bricolage et n’étant pas amateur vieilles bécanes, cet étalage me laisse froid. Je vais d'endroit ensoleillé en endroit ensoleillé, tout en observant la faune motarde qui se presse en ces lieux.

Dans cette faune motarde, nous parvenons à retrouver d'autres bitumeurs qui nous avaient donné rendez-vous là. Je fais donc la connaissance de Samoth, Toche, La Bouillotte et Softdung. J'ai aussi le plaisir de revoir Bill et de rencontrer Gab, son amie. J'avais rencontré Bill à la Varoise 2 et découvert plus tard qu'il avait habité, gamin, dans la même cité des environs de Bordeaux que moi, en même temps que moi. Alors que nous avons habité à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre pendant plusieurs années, il faut attendre que nous soyons éloignés de 10 000 km pour faire connaissance. Cocasse. Vers midi, nous nous retrouvons tous pour déjeuner vite fait avant de partir. Personnellement, je m'abstiens, car le choix est un peu trop carné à mon goût: c'est merguez, ou merguez... Nous nous séparons bientôt et c'est le retour à Marseille dans la JPmobile. Nous passons chez Sud récupérer mes affaires. Nous ne le verrons pas: il dort le bougre! Counter Strike de bon matin, ça vous détruit son homme.

De retour chez JP, je me sustente d'un peu de pain accompagné de fromage, puis de chocolat, avant de me préparer à partir, en compagnie de Jeff, pour l’hôtel Flora, camp de base désigné de la Varoise. Le temps est incertain, ce qui fait hésiter JP à nous accompagner à l’hôtel pour y partager le premier dîner de la Varoise. Nous parvenons tout de même à le décider à nous accompagner. Une fois équipé, le reste de mes affaires tient dans le top case et mon petit sac à dos. Ça me permet de laisser mon gros sac à dos dans le garage de JP. Jeff, lui, n'a pas ce problème, puisqu'il peut transporter autant qu'il veut sur sa Pan, jusqu'aux béquilles.

Le moteur de velours de la Pan tourne suavement alors que la Fazer ronronne gentiment. La Ducati rats, elle, s’ébroue bruyamment dans un gling-gling assourdissant. Sur la moto à JP, c'est l'embrayage qui n'est pas homologué. Nous débattons sur la nécessité d'un arrêt à la pompe avant de partir, l'aiguille de ma jauge se trouvant dans le dernier quart. Il est décidé que c'est inutile. Nous partons donc et il va s’avérer bien vite que je n'ai pas tant d'essence que ça, car la reserve s'allume à la mi-parcours.

Entre-temps, j'ai eu l'occasion de commencer à apprécier ma Fazer de location ailleurs qu'en ville, avec toujours ce doute quant à ce pneu arrière "en bois". Quand nous sortons de la ville, Jeff me fais signe de passer et je prends la roue de JP. Je vois bien vite que JP, est allé à la même école de dépassement de voitures que French ("les voitures c'est dans la tête"). Je le laisse donc s’éloigner un peu, le temps de faire des dépassements un peu plus conservateurs. 

Le pneu, plus l'essence, plus une moto que je ne connais pas, tout se combine pour que je "n'attaque" pas d’entrée. Pourtant, quelle n'est pas ma surprise d'entendre un gros "scriiiiitchhhhh" au premier virage à gauche digne de ce nom. Le cale-pied gauche vient de frotter allègrement. J'ai du mal à croire qu'il y ait si peu de garde au sol sur une Fazer 600! Il y a dû y avoir une compression que je n'ai pas ressentie. Mais comme je ne l'ai pas ressentie, cette compression, je suis perplexe. Je décide de déhancher un peu par précaution. Plus rien ne touchera. La seconde chose qui me met un peu mal à l'aise, ce sont les suspensions. Ces derniers temps je me suis habitué aux suspensions de motos sportives, la R1, la CBR 600 RR ou encore la ZXR 636. Du coup, je trouve la Fazer plutôt floue. J'ai l'impression de partir un peu dans tous les sens et ressens l’arrière décrocher plusieurs fois, ce qui ne renforce pas ma confiance en mon D205. Bref, je n'ai vraiment pas une bonne impression de ma monture. J'essaie de lui trouver des excuses et de me rassurer pour le reste de la Varoise: il est vrai qu'il y a beaucoup de vent et que je trimballe un top case rempli...

Le temps d'observer un autre des dépassements "racing" de JP, et là, le témoin de réserve d'essence s'allume. Je le signale à JP quand nous nous arrêtons. Au fil des kilomètres, nous passons 2 stations, qui sont malheureusement fermées. Vu que je ne connais pas cette moto, je ne suis pas sûr de l'autonomie en réserve. Nous nous arrêtons et j'ouvre le réservoir pour jauger de visu la situation. Il semble qu'il me reste assez pour rallier la prochaine station. C'est en effet le cas. Je fais donc le plein de super 98. JP me fait remarquer, qu'il vaut mieux mettre du 95. Je ne savais pas, habitué que je suis, suivant sagement l'avis des constructeurs, à mettre l'essence avec le plus haut indice d'octane, ici, aux US. Un indice qui varie de 91 à 93 suivant les états pour l'essence "premium".

Jeff prend ensuite la tête des opérations, car nous approchons de l’hôtel et ni JP ni moi ne savons le trouver dans le dédale de ronds-points qui en défend les abords. Il nous mène à l’hôtel Flora sans coup férir et c'est avec plaisir que je retrouve ce qui fut le camp de base de la Varoise 2 et qui sera le camp de base de la Varoise 4. La réceptionniste nous confirme que nous sommes les premiers arrivés. Ha ben voila! Ça n'a pas encore commencé qu'on les a déjà tous pourris!

Je détache le top case du Fazer et pars m'installer dans ma chambre et me changer. Jeff en fait de même pendant que JP, en état de manque depuis l'overdose de la veille, se fait un fix de cacahouètes au bar de l’hôtel. Enfin, je suppose que ce sont des cacahouètes, car quand je suis revenu, la coupelle était vide et JP rasséréné. Peu après arrivent, à peu de temps d'intervalle, JPF, Papy Jacques et Yves le fondateur de cette institution qu'est la Varoise. Quel plaisir de revoir ces vétérans de la Varoise 2! JPF est là en VFR, une nouvelle VFR puisque la précédente, comble de malheur, avait été volée la veille de la Varoise 3 alors qu'il faisait escale à Saint-Etienne. Ça veut dire qu'il n'y a plus de distribution en cascade de pignons comme sur la précédente. Exit donc le feulement caractéristique du VFR qui m'avait envoûté à la Varoise 2. Je lui fais même démarrer la moto avec l'espoir ténu qu'il en reste quelque chose de ce feulement. Non, rien, en tous cas au ralenti. Je me promets de vérifier ça plus avant quand les pratiques échangistes commenceront. Et puis ça sera une bonne occasion de voir ce que donne le système VTEC.

Papy Jacques, lui, chevauche la même Fazer noire qu’à la Varoise 2. Il y a accroché un top case et une sacoche de réservoir, mais aucune trace des fameuses valises de la Varoise 1, des valises d'une telle taille qu'elles avaient, paraît-il, leur propre code postal! En tous cas, voici les Fazer 600 en position de force.

Yves n'a pas changé, sauf qu'il gare maintenant une imposante Africa Twin devant l’hôtel Flora, au lieu de la petite 650GS de la Varoise 2. Et puis il a arrêté de fumer aussi, ce qui n'est pas le cas de Jean-Paul, un sympathique ex-agriculteur Gersois, installé en Arles, qui roule en FJR1300 et avec qui nous faisons bientôt connaissance, tout comme nous faisons ensuite connaissance de Jean-Louis, qui ressemble à Johnny Halliday, refuse de nous dire son âge et roule lui aussi en FJR1300. Égalité entre Fazer 600 et FJR1300, mais une majorité de Yamaha sur le plateau, avec 4 Yamaha et 3 Honda.

Un coup de téléphone nous apprend que les deux derniers à devoir nous rejoindre seront en retard et n'arriveront que dans 2 heures au mieux. Il s'agit de Tchoub et Benito, que je ne connais que virtuellement. Nous commençons donc à manger sans les attendre et écoutons la serveuse nous énumérer les 3 entrées et 3 plats de résistance entre lesquels nous devons faire notre choix. Une énumération qui se répétera à peu de choses près pour le reste de la semaine, ce qui ne me dérange pas car la nourriture est somme toute très correcte. En ce qui me concerne, il y a toujours au moins une entrée végétarienne et mon plat de résistance se compose en general d'un mélange des garnitures affectées aux plats principaux. Un dessert, au choix lui aussi, viendra compléter le dîner.

Le repas est très sympathique, plein de bonne humeur, d'anecdotes, de souvenirs et de taquineries "joebarteamesques". Au dehors, le vent, qui était déjà fort en fin d’après-midi, se renforce d'heure en heure. Du coup, JP décide de passer la nuit à l’hôtel et de rentrer tranquillement le lendemain. Les 70 kilomètres que nous avons faits pour venir ont reveillé sa douleur à la clavicule et il exclut de pouvoir rouler avec nous demain. J’espère qu'il décidera, le lendemain matin, de venir rouler avec nous au moins pour ce premier jour de Varoise, que la quête de pourrissage sera la plus forte, qu'il ne résistera pas à l'appel du bitume.

Après le repas, certains partent se coucher car ils ont beaucoup roulé aujourd'hui et une dure journée les attend demain. J'ai envie de faire de même car je n'ai pas dormi la nuit précédente mais je me décide à attendre Tchoub et Benito en compagnie de Yves, JP et Jean-Paul. Ils arrivent à bon port assez tard et je peux enfin mettre un visage, une démarche, une allure sur ces pseudos qui hantent le FPF depuis des temps immémoriaux, en tous cas, à l’échelle du FPF. Tchoub est venu en RSV, ce dont je me réjouis secrètement, et Benito avec un nouvelle moto qu'il vient d'acheter et est allé chercher en Allemagne il y a 2 jours, une Cagiva Navigator.

Il est minuit passé quand nous nous séparons pour aller enfin profiter d'un sommeil réparateur. Ca ne sera pas de trop, car le départ est fixé à 8h30 le lendemain matin...

 
 

_________________
Les Animateurs
Revenir en haut
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Les Animateurs
_________________________________


Inscrit le: 16 Jan 2006
Messages: 1736
Localisation: Animateurs

MessagePosté le: 17 Jan 2006, 14:08    Sujet du message: Répondre en citant

 Il est 8 heures lorsque je me lève. J'ai privilégié le sommeil sur le petit déjeuner afin de récupérer de ma nuit blanche de la nuit précédente. La douche s’avère un exercice délicat. S'il y a bien un pommeau de douche à l’extrémité d'un tuyau de douche, c'est une baignoire qui en est équipée, et non une cabine de douche. Rien de très anormal si la dite baignoire était aussi équipée d'un rideau de douche. Ça n'est malheureusement pas le cas. Au prix de multiples contorsions et en masquant les projections d'eau avec ma main libre je parviens à prendre une douche chaude bienfaisante sans inonder complètement la salle d'eau.

Dehors, il fait encore un peu de vent. Il fait frais, mais il fait soleil. Vue la température je décide de mettre un pull entre mon t-shirt et le blouson. Par excès de prudence, je décide aussi de prendre ma tenue de pluie dans le sac à dos. À 8h 25, harnaché et le casque à la main, je pénètre dans le restaurant de l’hôtel. Tout le monde est déjà là en train de petit déjeuner, sauf JP, qui doit faire la grasse matinée et semble avoir mis à exécution sa décision de ne pas nous accompagner. Apparemment, certains devront repasser par leur chambre avant de pouvoir partir. Il devient évident que nous ne partirons pas à 8h30 précises, ce qui, curieusement, n'a pas l'air de déranger Yves outre-mesure. Je me dis, qu'il a tiré les enseignements des précédentes Varoises et qu'il a fixé le départ à 8h30 pour pouvoir partir à 9h. J'en profite pour grignoter un peu car je ne sais pas à quelle heure on s’arrêtera déjeuner. Vers 9h nous avons la joie de voir JP arriver dans le restaurant, surpris de nous voir encore là. Je me dis que, comme la veille, maintenant que nous l'avons sous la main, nous allons pouvoir le convaincre de nous accompagner. Il n'en sera malheureusement rien. Malgré des allusions à peine voilées à la poussivité des bicylindres italiens et des invitations pressantes à une séance de pourrissage en règle, la Crevette restera inflexible, feignant le regret de ne pouvoir participer, prétextant l'inflammation d'obscures capsules acromio-claviculaires et arguant d'un agenda professionnel digne d'un gouverneur de la Banque de France. Bien sûr, tous les motards présents résument cette liste de bonnes raisons à une vulgaire peur de se faire pourrir. Je regrette qu'il ne puisse participer, mais je reverrai JP le week-end prochain puisqu'il m'a invité à dormir chez lui vendredi soir et m'a gentiment proposé de m'accompagner à l’aéroport le lendemain.

Petit à petit les motos sont libérées de leurs entraves nocturnes et se rassemblent devant l’entrée de l’hôtel. Yves nous distribue une feuille sur laquelle est imprimée le roadbook de la journée. Je la plie en 4 et la mets dans la poche intérieure de mon blouson après y avoir jeté un coup d'oeil furtif. Ce qui saute aux yeux c'est l’omniprésence de la lettre "D". On en compte pas moins de 17, pour seulement 2 "N" et 1 "A".  Il y a donc de la route départementale au programme, ce qui n'est pas une surprise. N’étant pas de la région, les noms de patelins, brisant, çà et là, la litanie de "Dxx", s'ils fleurent bon la Provence, ne me sont d'aucune aide quant à ma position géographique. Comme tous les autres roadbooks de la Varoise, je ne le ressortirai de ma poche que plusieurs semaines plus tard. Je n'entends pas faire de navigation, je suis le guide tout simplement. Même si ce guide là, prend un malin plaisir à essayer de semer son groupe, il aura toujours le bon goût d'attendre aux intersections.De toutes façons, je n'ai pas de sacoche de réservoir sur laquelle glisser le roadbook, ni même de carte de la région pour y repérer les routes indiquées. 

Depuis les arrivées de Tchoub et Benito, le plateau de motos s'est un peu européanisé. Les 4 Yamaha et les 3 Honda entourent l'Aprilia, pendant que la Cagiva se fait attendre. À mon grand amusement, je profite de la scène d'avant départ qui voit Benito promener son air distrait et son apparente indécision entre le restaurant de l’hôtel, la Cagiva et sa chambre, sous le regard de Yves dont l'attitude et les gestes commencent à trahir une certaine exaspération.

Nous partons enfin. Je pars parmi les derniers, derrière Tchoub et Benito. Je ne me souviens plus comment, mais nous réussissons l'exploit de perdre les autres sur la courte liaison d'autoroute qui suit notre sortie de l’hôtel. Je ne peux m’empêcher de trouver ça très drôle. Nous sortons de l'autoroute, prenons deux ronds-points et nous garons en épi au bord de la route le temps de vérifier le roadbook et de passer un coup de fil à Yves. L’arrêt ne dure que quelques minutes et après avoir réussi à joindre Yves, nous rejoignons le groupe quelques kilomètres plus loin. Un autre motard nous rejoins un peu plus loin, il s'agit de Sébastien, un motard local qui chevauche une 500 CB dont le pot Ixil en fait de loin la moto la plus bruyante du plateau. Voila maintenant les Honda à égalité avec les Yamaha, 4 dans chaque camp.

La route va bientôt commencer à tourner. Il convient de choisir une place dans le groupe qui permette de rouler à son rythme. Des motards qui m'entourent je n'ai vu rouler, et encore, il y a déjà 2 ans, que Yves, JPF et Papy Jacques, ainsi que Jef, brièvement la veille, et je sais aussi que Tchoub et Benito font un peu de compétition sur circuit. Pour ces premiers kilomètres de virolos, j'ai décidé de rouler tranquille car je suis sur une moto que je ne connais pas bien et qui m'a même fait mauvaise impression la veille. De plus cela me permettra de jauger un peu l'allure du groupe et de chacun de ses participants. Je me place donc un peu à l’arrière du groupe et me retrouve derrière Sébastien et son CB 500 pour les premiers virages. Il roule propre et le rythme me convient tout à fait. Je me mets doucement dans le rythme. Virage après virage je découvre un peu plus ma moto qui me fait une bien meilleure impression que la veille. L’absence de vent et de top case doit y être pour quelque chose. Certes, je la trouve encore un peu floue comparée à certains rails que j'ai conduits récemment, mais je suis de plus en plus à l'aise, de telle sorte que ma monture commence à se faire oublier. Petit à petit, l’adhérence de mon pneu arrière et la souplesse relative des suspensions cessent de monopoliser mon attention alors que je commence à apprécier le mordant et la puissance étonnante du freinage, ainsi que la disponibilité et l’onctuosité du moteur. Il s’avère que ce sont les mêmes freins que sur la R1 qui sont montés sur la Fazer 600, ce qui explique leur performance hors du commun.

Je hausse le rythme progressivement et, au fil des arrêts et regroupements, je passe Sébastien et JPF et décide de me caler derrière Jean-Paul qui semble rouler à un bon rythme sur sa grosse FJR 1300. Encore devant, nos 2 pistards, Tchoub et Benito, tentent de suivre Yves. Nous prenons une petite route, grise et étroite, sans marquage au sol, qui sinue à flan de montagne et s'insinue dans ce qui était, il y a peu encore, une forêt et n'est plus maintenant qu'un spectacle de désolation. Les incendies de l’été ont été terribles et nous en traversons les affligeants ravages sur des kilomètres. Ce spectacle, aperçu du coin de l'oeil, vu notre rythme, donne un aspect irréel et sinistre à cette petite route grise et torturée, tellement torturée qu'on dirait qu'elle avait été le jouet de l'intense chaleur du brasier, chacun de ses virages figeant à tout jamais quelque horrible convulsion. Les carcasses des arbres carbonisés projettent leur ombre menaçante alors que la palette de couleurs présentes décline un sombre spectre qui va du gris des rochers au noir du charbon, en passant par les vagues nuances grisâtres des cendres. Au sol, par endroits, seul le roux terne des aiguilles de conifères, probablement épargnées par un feu de cimes, lorsqu'un incendie se déplace à grande vitesse en passant de la couronne d'un arbre à une autre sans tout brûler au sol, rompt avec l'oppressante grisaille du spectre de couleurs, sans pouvoir toutefois l’égayer. Pire même, ce roux fade, contribue à l'aspect lugubre de la scène. Au fil de ses contorsions, la route passe régulièrement d'adret en ubac sans que l'ensoleillement de l'adret ne donne au paysage une apparence beaucoup plus réconfortante.

Je me concentre sur la route. Je reste dans la roue de Jean-Paul qui roule à un très bon rythme. Au fil des kilomètres il me semble pourtant qu'il faiblit un peu. Au bout d'un moment je me décide à le passer et je me retrouve bientôt dans la roue de Benito, qui suit Tchoub. Nos 2 gaillards font un peu de compétition sur circuit, et je me dis que si peux suivre leur rythme, ça sera bien.

Bientôt, la route échappe à l'ubac pour de bon et cours sur la crête de la montagne, baignée d'une luminosité nouvelle qui atténue un peu la morosité ambiante. En contre-partie, il y a maintenant un précipice de chaque côté de la route, un abîme de désolation calcinée qu'un parapet aux dimensions symboliques, quand il n'est pas absent, ne fait que magnifier. Dans ce paysage ravagé par le feu, sur cette route désolée, mon esprit vagabonde. Il me semble que ce sont des abîmes infernaux qui m'appellent et jettent des démons à ma poursuite. Dans ma fuite effrénée, je les sens qui me talonnent, qui me poussent et me tirent vers le gouffre. Mais ces démons, je les démasque. Ce ne sont pas Astaroth, Belzebuth, Moloch ou Baalberith qui oeuvrent de concert à ma perte, à l'injonction du prince des ténèbres, Gaamelor, archange déchu, némésis de Sainte Gamelle, tapi au fond de cet abîme infernal dont j’aperçois seuls les menaçants abords calcinés. Non, ils ont pour nom force centrifuge, énergie cinétique, fixation et perte d’adhérence. Je les pourfends ces démons, maniant le frein, la prise d'angle, le transfert de masses, l’accélérateur... Mes compagnons font de même. Combat épique dont nous sortirons victorieux et à l'issue duquel nous échappons à ce paysage apocalyptique et rejoignons de plus vertes contrées.

Je suis toujours dans les roues de Tchoub et Benito, Yves est un peu devant et Jean-Paul pas très loin derrière moi. Nous faisons une pause au sommet et j'ai bientôt l'explication de la baisse de rythme de Jean-Paul un peu plus tôt. Il se plaint de son pneu arrière, qui présente il est vrai, à l'observation, une usure particulière, une usure anormalement importante sur les côtés. Nous nous rendons bien vite compte que son pneu est à moitié à plat et trouvons aisément le coupable sous la forme d'un clou. Et bien! il tenait quand même un sacré rythme le Jean-Paul avec un pneu arrière à moitié à plat sur sa grosse sport-GT! Heureusement, JPF est super équipé, il a tout le nécessaire pour une réparation qu'il va effectuer prestement. Le pneu rend son dernier soupir lorsque le clou est retiré, mais 2 petites bonbonnes de CO2 auront tôt fait de lui réinsuffler un peu de vie une fois sa plaie refermée par les mains habiles du docteur JPF.

J'en profite pour me désaltérer, enlever mon pull et le ranger dans mon sac à dos. Il fait bon, le soleil brille au milieu d'un ciel bleu azur. Du point que nous occupons, nous pouvons admirer une grande étendue de paysage. Je fais même 3 photos, ce qui représente tout de même la moitié de toutes les photos que j'ai prises pendant cette Varoise. Heureusement que Papy Jacques assume le rôle de photographe officiel de la Varoise pour sauver tous ces souvenirs. Il faut dire, il s'est fait un petit plaisir récemment sous la forme d'un superbe appareil photo numérique dernier cri. Il s'est fait tellement plaisir, qu'il a dû masquer le modèle de l'appareil avec du ruban adhésif noir pour faire croire à sa moitié qu'il s'agissait d'un modèle plus bas de gamme et éviter ainsi les foudres de sa Princesse.

La réparation de JPF est terminée et devrait permettre à Jean-Paul de rejoindre la prochaine station service où il pourra faire le complément d'air. Nous repartons donc et je me cale derrière Tchoub et Benito qui prennent la roue d'Yves pour la descente. Nous arrivons bientôt sur une large route au revêtement impeccable, un vrai circuit. Yves profite d'un dépassement pour prendre un peu le large. Nous dépassons à notre tour. Je suis dans la roue de Tchoub et je vois qu'il meurt d'envie d'exploiter sa RSV sur cette route taillée pour une sportive, surtout après les routes tortueuses et bosselées du matin. Il passe Benito, et j'en fais de même. C'est parti pour une séance de circuit. Tchoub commence à déhancher sérieusement dans ces grandes courbes, son genou se rapprochant très près du sol. Je l'imite et reste dans sa roue. Même Yves déhanche sur son Africa Twin! J’apprécie de plus en plus mon Fazer, son freinage diabolique et son moteur courageux qui hurle pour rester au contact du gros twin. Je me suis habitué à la position de conduite et au comportement des suspensions. Même au D205 je n'ai rien à reprocher! Pur plaisir que ces quelques kilomètres!

Nous arrivons bientôt à une station service où nous nous arrêtons de façon à ce que Jean-Paul puisse contrôler la pression de son pneu. Ceux qui ont besoin de prendre de l'essence le font. Jean-Paul fait le complément d'air. Ça ne bougera plus après ça. La réparation de JPF est parfaite. 

Au moment de repartir, je me dirige vers ma Fazer et constate que la place est prise: Tchoub trône fièrement dessus. Allons bon! Les pratiques échangistes commencent. Je vais donc pouvoir essayer la RSV. Je m'en réjouis. Ça fait un moment que je voulais essayer un gros twin sportif. Le seul gros twin poussif, heu, pardon, "sportif", que j'avais essayé jusqu'alors était la BMW R1100 S, qui était très loin de m'avoir impressionné. Excellente moto certes, mais il lui faudrait un moteur. Bref, voila donc l'occasion d'essayer un vrai twin sportif.

J'enfourche donc la bête et retrouve de suite la position dans laquelle je suis le plus à l'aise sur une moto, la position sport. Je profite des premiers kilomètres pour m'habituer aux commandes et à la moto en général. Le gros twin repart bas et a une très bonne allonge. À chaque accélération on sent le martèlement lourd du moteur. Les freins ont moins de mordant que sur la Fazer mais sont néanmoins très efficaces. Nous arrivons bientôt sur une autre route qui ressemble à un circuit. Je suis derrière Yves, JPF, Benito et Tchoub. Je me dis que c'est bien, car je suis sur une moto que je ne connais pas, ça me permettra de la découvrir à un rythme raisonnable. Tout ce que je découvre bien vite, c'est que je n'ai pas besoin de la découvrir cette moto. Je suis complètement à l'aise sur cette sportive qui est très saine et dont la puissance ne va pas me surprendre, habitué que je suis à la XX ou au R1. Bref, sur cette route parfaite pour une sportive, je me retrouve bien vite avec des fourmis dans la main droite. Malgré le bon rythme adopté par JPF et suivi par Benito et Tchoub, qui découvre la Fazer, je me sens un peu frustré de ne pas pouvoir exploiter la RSV un peu plus. Au bout d'un moment je n'y tiens plus. À la sortie d'un droite je passe Tchoub, qui a l'air tout surpris d'entendre un gros twin arriver à sa hauteur. Je me mets dans la roue de Benito et attends l'ouverture. Elle ne tarde pas à arriver, à la sortie d'un gauche, sous la forme d'une ligne droite un peu plus longue que les autres et qui se termine par un gauche. Je passe Benito à l’accélération et JPF au freinage. Voila, la route est à moi.

Malheureusement, j'ai à peine le temps d'enchaîner une demi-douzaine de virages, que la route rentre dans une forêt de feuillus et se rétrécit, le revêtement change et un panneau virage dangereux à droite semble indiquer que les grandes courbes sont remplacées par des virages plus serrés. Confus et frustré de ce changement radical juste au moment où je commençais à m'amuser, je ne prête pas toute l'attention requise au panneau virage dangereux. Il s’avère que le panneau n’était pas là par hasard et que le droite que j'aborde se referme très vite et très fort. Allons bon, me voila embarqué dans une posture inconfortable, ou pour le moins, sur une trajectoire loin d’être idéale. Je commence, non sans efforts, à resserrer la trajectoire quand la sortie du virage se dévoile enfin, révélant l'absence d'obstacles dans la voie opposée. Plutôt que de faire des acrobaties pour rester sur ma voie, je me laisse déporter, franchis la ligne de séparation et reprend ma voie après avoir empiété sur la moitié de la voie opposée. Ça va, Tchoub n'a rien vu.

Les quelques virages suivants sont du même acabit, mais ils ne me surprennent plus. Yves nous attend après cette petite montée. Une fois le regroupement effectué je repars derrière Yves pour la première fois de la journée. Elle me plaît cette RSV, je suis à l'aise dessus. Je suis Yves sur cette route tortueuse et rugueuse qui passe au milieu des pins et des roches rouges. Je vois bien qu'il aimerait me semer le bougre, mais je suis vraiment trop à l'aise sur la RSV. Nous distançons rapidement les autres. De freinages en prises d'angle et de prises d'angle en accélérations nous avalons les virages que la route jette sous nos roues. Je m'amuse tellement dans la roue de l'Africa Twin, qu'un esprit facétieux s'empare de moi et que germe la tentation de mettre un peu la pression à Yves, sans aller jusqu’à le doubler certes, mais de profiter de la puissance de la RSV pour me porter à sa hauteur à la réaccélération en sortie de virage. Je m’apprête à mettre ce plan en action et à perpétrer ce crime de lèse-majesté, quand, à la sortie d'un droite, Yves met son cligno. Nous nous arrêtons 50 mètres plus loin. Dommage...

Yves enlève son casque et fait la remarque que les twins sont vraiment ce qui se fait de mieux. Il en veut pour preuve, fallacieuse, que, pour la première fois de la journée, je suis parvenu à rester collé à sa roue. Forcément, c'est la première fois de la journée que j’étais parti derrière lui! Au fond de moi, je sais bien que mon aisance à le suivre est plus liée au fait que j’étais sur une sportive qu’à la configuration du moteur qui l’équipe. J'aurais fait tout aussi bien sur ma R1. Entre-temps le reste de l’équipe arrive et nous profitons du magnifique panorama qui s'offre a nous. Papy Jacques nous mitraille avec son appareil photo numérique au prix exorbitant, pendant que nous échangeons nos impressions sur le parcours et les motos. J'ai beaucoup aimé la RSV et Tchoub a beaucoup aimé la Fazer. Lui qui pense acheter un roadster, il a apprécié l'essai. Quand nous repartons, il reprend néanmoins son bien, et je récupère la Fazer, un peu à regret, mais juste à cause de la position de conduite.

Il est l'heure de déjeuner et nous nous arrêtons dans la cafétéria du Casino de Trans-en-Provence. Certes, ça n'est pas le petit resto de Savoillan, celui de Vauvenargue ou celui surplombant le lac de Sainte-Croix, visités lors de la Varoise 2, mais ça facilite l'organisation pour Yves. Pas besoin de réserver, avec l'obligation qui en découle d'arriver à une heure déterminée, plus de choix, surtout pour les difficiles comme moi (végétarien), rapidité (self-service), coût réduit et on peut même en profiter pour faire le plein à la pompe de Casino une fois le repas terminé. D'une pierre, deux coups.

Le repas nous permet de nous reposer et de discuter plaisamment. Après le repas, je sens un irrésistible sommeil m'envahir. Il semble qu'Hypnos ait aussi décidé de s'en prendre à Tchoub. Mais il faut repartir. Au cours d'un regroupement, Yves manifeste son envie d'essayer la Fazer 600. Au jeu des motos musicales qui s'ensuit, je me retrouve sur la FJR1300 de Jean-Louis. Je suis de suite à l'aise sur la grosse sport-GT, habitué que je suis à la CBR XX. La FJR est plus GT que la XX mais je retrouve avec plaisir le couple et l'allonge d'un gros 4 cylindre. Comme sur la XX, le moteur tente de vous arracher les bras à tous les régimes. Certains appellent ça avec dédain de la linéarité. De la linéarité comme ça, j'en veux tous les jours.

Comme à chaque fois que je monte sur une nouvelle moto cependant, je ne pars pas en tête du groupe, histoire de découvrir la bête. Comme mentionné, le temps d'adaptation est quasi nul, et la route, rapide, se prête tout à fait aux qualités de la FJR. Entre-temps, Yves s'est lui aussi habitué à la Fazer 600 et est parti devant. Je fais parler les watts du gros 1300 et dépose Benito dans une des grandes lignes droites vallonnées qui entrecoupent les courbes de la route. Je ne ferai aucune mention des allures atteintes, mais je retrouve bientôt Yves en point de mire, qui n'y va pourtant pas en flemme non plus à en juger par le peu de terrain que je gagne sur lui dans les lignes droites.

Je le rejoins au prochain hameau, où un policier, qui s’avérera municipal, nous fait signe de ralentir. Nous n'allons pourtant pas bien vite et je me demande pendant quelques instant s'il ne représente pas l'avant-garde d'un comité de réception chargé de nous remettre les certificats de performances de nos montures respectives. Il n'en est heureusement rien. Il signale juste des travaux et un gros engin en train de manoeuvrer. Nous nous arrêtons peu après pour attendre nos compagnons. Benito se positionne devant moi.

Alors que nous attendons, une voiture blanche, qui débouche d'une route en face de l'endroit où nous somme arrêtés, part sur les chapeaux de roues, en faisant ostensiblement crisser ses pneus. Je m'amuse à voir la réaction de Yves, qui comme moi, prend cette attitude comme un gant jeté en pleine face! Je vois la lutte en lui, entre la volonté d'attendre le reste du groupe et l’irrépressible désir de relever le défi si insolemment jeté. La lutte ne dure pas bien longtemps et je le vois bientôt baisser la visière de son casque, enfourcher la Fazer et partir d'humeur vengeresse. Un rush d’adrénaline approbateur m'envahit à la vue de cette scène et je suis bien vite dans la roue de Benito qui a lui-même pris celle de Yves. Allons châtier l'impudent!

La route est relativement rapide et les chevaux de la FJR1300 piaffent. Yves s’éloigne petit à petit, pendant que je reste coincé derrière Benito qui bouchonne un peu. Coeur haut Benito! Nous avons un affront à laver que diable! Courbe après courbe nous remontons sur le fâcheux et nous le voyons bientôt. Yves est sur lui. Il le passe à la première occasion. J'imagine le sourire d'Yves sous son casque. Je veux connaître moi aussi telle volupté. Nous continuons à gagner du terrain, même si ce n'est pas tout à fait assez vite à mon goût. Alors que nous fondons sur lui et nous préparons à porter l'estocade, mon élan se brise, en même temps que mon coeur, à la vue de son clignotant gauche qui s'allume. Il tourne à gauche le rascal! Désabusé, je suis Benito pour rejoindre Yves à l'intersection suivante.

Nous repartons sur une jolie route bien revêtues aux virages très serrés. Engoncé dans le confort accueillant de la FJR, je la mène paresseusement d'un virage à l'autre, quand, dans un virage à gauche, le raclement du cale-pied vient me sortir de ma torpeur relative. Il va falloir déhancher un tout petit peu pour pallier la relative limitation de garde au sol de la grosse sport-GT.

Nous nous arrêtons bientôt pour une pause et je récupère la Fazer 600. Yves avoue avoir été bluffé par l’efficacité de cette machine, notamment son freinage impressionnant. Alors que je rends la FJR à Jean-Louis, je vois le cardan qui l’équipe. J'avais oublié que la FJR était affublée d'un cardan, et ça n'est pas mon essai qui aurait pu raviver mes souvenirs. J'aurais pu jurer que c’était une chaîne qui faisait office de transmission secondaire. Vraiment impressionnant.

Nous repartons donc et c'est avec plaisir que je retrouve ma petite Fazer. Je commence à vraiment l’apprécier. Dans une petite route viroleuse, une femme dans une Ford Fiesta rouge débouche un peu devant nous. C'est apparemment une locale, elle a l'air de connaître cette petite route, le genre de connaissance qu'une pratique quotidienne confère. À son attitude, on voit aussi très vite que c'est sa route et qu'elle n'entend pas s'y faire pourrir. Elle va certes à un très bon rythme, mais nous sommes plus rapides. Elle ne fait aucun effort pour nous laisser passer. Le premier à forcer le passage sera Yves. Peut-être nous fera-t-elle plus de facilités maintenant qu'elle a vu que nous sommes plus rapides? Non, il n'en est rien. Je la passe à la première ouverture, mais il faut s'employer. Une bonne accélération en sortie de virage et un freinage viril avant d'aborder le virage suivant qui ne manque pas d'arriver très vite. Après cela, je reprends mon rythme et elle disparaît de mes rétros en quelques virages. Je rejoins Yves au bas de la descente, bientôt suivi par Benito. La Ford Fiesta rouge arrive elle aussi au bas de la descente et tourne à droite sans demander son reste.

Une fois tous regroupés, nous repartons et passons bientôt, sur le bord de la route, un panneau annonçant des gravillons. Allons bon! Je me disais bien aussi, une Varoise sans gravillons, ça n'est pas tout à fait une Varoise. Les gravillons, c'est l'arme secrète de Yves. Le jour où il aura autre chose qu'un trail, on aura peut-être droit à une Varoise sans gravillons. Le panneau ne ment pas, la route est recouverte d'une couche d’infâmes petits cailloux gris. Je décide de laisser passer Benito sur son trail car je sais que je vais le bouchonner sinon. Je tente de me persuader que les gravillons c'est dans la tête, et je suis les 2 trails sur les premiers virages mais, après une superbe glissade des 2 roues dans un droite, et après avoir vu comment Yves sortait le pied à l'entame du virage suivant, je décide de rendre la main. Les gravillons c'est pas dans la tête. Je continue donc à un rythme très tranquille, imité par mes compagnons. Quel dommage, car la route est superbe. Le supplice dure pendant des kilomètres. Il semble que ça n'en finit pas. Je parie que je ne suis pas le seul à maudire Yves sous le casque. De temps en temps, de désagréables panneaux "attention gravier" viennent nous rappeler de façon graphique et redondante la cause de notre misère actuelle. Nous rejoignons enfin Yves et Benito à la sortie de cette interminable portion à l’adhérence indigne. Yves, nous jure ses grands dieux qu'il n'y avait pas de gravillons quand il est passé là il y a à peine une semaine. Soit... Je ne peux m’empêcher de traduire sa défense par "il n'y avait pas de gravillons quand j'ai fait ma reconnaissance sauvage la semaine dernière".

Il m'assure que la portion suivante est très amusante et exempte de tout gravillon. Je pars donc dans sa roue, mais qu'elle n'est pas ma déconvenue de trouver des gravillons dans les 2 premiers virages. Ho bien sûr, ça n'est pas l’épaisse couche uniforme qui recouvrait la portion précédente, mais ça suffit à refroidir quelque peu mes ardeurs. Juste avant chacun de ces 2 virages débouchait un chemin empierré. Je me dis que les gravillons venaient peut-être des ces chemins et que ce ne sera pas le cas dans tous les virages. J'adopte donc un rythme un petit peu plus circonspect le temps de valider cette hypothèse, tandis que Yves, insouciant et sans pitié, s’éloigne petit à petit. Les quelques virages suivants finissent de me rassurer et je reprends un rythme soutenu à la poursuite de Yves. Il n'est pas très loin devant le bougre mais je ne le vois que par bribes car la route, bosselée, est très tortueuse et parsemée de gros dos d’âne qui masquent la visibilité. Je me vois obligé, à mon grand regret, de les aborder à une vitesse modérée car on ne voit pas ce qu'il y a derrière. Dommage, j'aurais bien fait quelques sauts dans ces hoops. Il semble que Yves, malgré ses reconnaissances sauvages, adopte la même attitude car je le vois, au hasard des convolutions de la route, toujours à peu près à la même distance. À la sortie d'un droite je vois Yves qui s'est arrêté. Je le rejoins, et en profite pour mentionner les gravillons aperçus lors des premiers virages, malgré ses assurances outrées qu'il n'y en aurait pas. Tchoub et Benito on tôt fait de nous rejoindre. Il semble que Tchoub se soit enfin réveillé de sa longue sieste d’après déjeuner. Il est tout excité et s'est visiblement fait très plaisir sur cette route, ce qui m’étonne un peu, vu qu'elle est quand même assez bosselée. Pour un peu, il ferait demi-tour pour la refaire.

Nous nous arrêtons prendre un pot en terrasse à Saint-Maximin et Tchoub en profite pour acheter une revue moto, qui consacre une large place à la nouvelle Yamaha Fazer 600, et qui sera lue par tout le monde à la table, sauf lui.

Après cette bien agréable étape, nous prenons le chemin du retour vers l’hôtel car il commence à se faire tard. Le seul incident notable des ces quelques dernières dizaines de kilomètres fut la traversée d'une nouvelle portion couverte de gravillons. Décidément! Comme pour la précédente, Yves nous assure que ces gravillons n’étaient pas là la semaine précédente. Mais pour rendre les choses encore plus intéressantes, un soleil maintenant rasant décide de se mêler de la partie. Dans certaines sections, l'aveuglement est total, le soleil se trouvant pile en face, juste à la hauteur de la route. Il vaut mieux avoir repéré la topologie de l'endroit l'instant juste avant le flash. Et quand bien même, c'est littéralement au pas que l'on avance, en espérant que personne n'arrive en face, car la route n'est pas large.

 

_________________
Les Animateurs
Revenir en haut
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Les Animateurs
_________________________________


Inscrit le: 16 Jan 2006
Messages: 1736
Localisation: Animateurs

MessagePosté le: 17 Jan 2006, 14:09    Sujet du message: Répondre en citant

Nous arrivons sans encombres à l’hôtel, après une magnifique journée. Les motos prennent leurs quartiers nocturnes. J'attache la Fazer et vais me changer avant le repas. C'est avec délectation que je m'extirpe de mon cuir et de mes bottes pour me glisser dans une confortable paire de jeans et des tennis. Je rejoins le restaurant de l’hôtel où Yves et JPF sont déjà attablés. Le temps d'un petit apéro et, petit à petit, tous les protagonistes de la journée se retrouvent autour de la table du dîner. La fatigue est là, mais les discussions sont alertes, les taquineries fusent, bref, le  repas est animé et joyeux. Les derniers d'entre-nous se séparent vers 11h. Il est temps d'aller prendre un repos bien mérité après cette fabuleuse journée et se préparer pour celle de demain, qui sera, nul doute, tout aussi superbe. Le départ est fixé à 8h30, comme ce matin, mais Yves a cru bon de préciser que cette fois on partait vraiment à 8h30 et pas à 9 heures passées.

Arrivé dans ma chambre, je me couche bien vite. Quel bonheur de pouvoir se relaxer, étendu de tout son long. Je branche la télé, et zappe d'une chaîne à l'autre (c'est pas dur, il n'y en a que 3) pendant une petite demi-heure, histoire de me changer les idées, car, si une bienfaisante fatigue m'envahit, pour trouver le sommeil il va falloir que j’évite de refaire la journée dans ma tête, que je purge mon esprit de cette surdose d’émotions et d'images qui ont assailli mes sens pendant cette journée et qui saturent maintenant mes neurones, induisant un état de surexcitation cérébrale peu propice au repos. Il est un peu plus de minuit quand j’éteins la lumière...

 Ma courte errance télévisuelle a eu beau se heurter constamment aux murs étroits et omniprésents des 3 canaux qui délimitent la lucarne magique, elle ne m’en permet pas moins de calmer la surexcitation de mon esprit et de glisser gentiment dans un sommeil réparateur qui m’amènera paisiblement jusqu'à la sonnerie de mon portable, qui me sert de réveil. Tout comme la veille, cette sonnerie se déclenche à 8h. Après une douche tout aussi acrobatique que la veille, j’enfile mon armure et c’est un matin radieux qui m’accueille lorsque je sors de la chambre. J’ai d’ailleurs sorti la tenue de pluie du sac à dos. Je sens bien que chaque gramme va compter ! Je retrouve mes compagnons de balade attablés au restaurant de l’hôtel, chacun à un stade différent de l’ingurgitation de son petit-déjeuner. Je lance un bonjour collectif, sans prêter une attention particulière à aucun de mes compagnons, pas même à ce barbu assis en bout de table et que j’ai pris, du coin de l’œil, pour Jean-Paul. Alors que je m’apprête à aller me verser un jus d’orange, un « Alors, Ninou ! On  ne dit pas bonjour ! » teinté d’un fort accent méridional me stoppe net. C’est cette crapule de French ! C’était lui le barbu assis en bout de table ! Quel plaisir de revoir ce détourneur de Varoises à la gouaille inextinguible, aux anecdotes folles et hilarantes, ce motard qui double selon le principe que « les voitures, c’est dans la tête », ce motard qui ne triche jamais sur ses trajectoires, ce brigand du bitume qui prend un malin plaisir à jouer avec ses compagnons de route, comme un chat joue avec sa proie. Un personnage que ce French ! En tous cas, sa présence ne peut vouloir dire qu’une chose : bien plus qu’hier encore, il y a de l’arsouille dans l’air aujourd’hui !

Il a toujours sa SVS aux suspensions vastement améliorées, mais la présence d’un demi-flan de carénage, dont la couleur dépareille avec le reste de la moto, trahit les stigmates d’une chute plus ou moins récente.

Yves nous distribue le road-book de la journée au fur et à mesure que les motos se rassemblent devant le restaurant de l’hôtel. Celui-ci, tout aussi plié en quatre que le précédent, le rejoint dans la poche de mon blouson. Même si le rassemblement s’éternise un peu trop au goût de Yves, nous partons tout de même plus tôt que la veille.

Après la première étape de liaison, une certaine effervescence s’empare de la tête du groupe à l’approche de la première spéciale. On prend ses positions. French se porte en deuxième position juste derrière Yves, alors que je me mets dans la roue de Tchoub qui semble déterminé à ne pas laisser s’échapper ce duo de locaux qui nous servent de guides aux velléités fugueuses. C’est une petite route à la fois roulante et délicieusement torturée qui sera le théâtre de cette première spéciale de la journée. Le rythme est de suite élevé mais Tchoub parvient à s’accrocher et moi à sa suite. Voilà une bonne mise en jambes, ou plutôt en roues. Nous nous arrêtons pour faire une pause, nous regrouper et profiter du paysage. Un paysage qui semble singulièrement familier, comme le fait remarquer Tchoub à haute voix, ce qui lui attire les railleries de nos compagnons de route: nous nous sommes en effet arrêtés au même endroit la veille. C’est la pause qui avait marqué la fin de mon essai de la RSV, mais nous y étions arrivés par l’autre côté. Je dois bien avouer que je n’avais pas identifié l’endroit non plus, jusqu’aux moqueries qui fusèrent sur Tchoub. Pendant ce temps, French, fidèle à lui-même, a jaugé le plateau présent, et jette son dévolu sur la FJR 1300 de Jean-Louis.

Nous repartons bientôt. Je me cale dans la roue de Benito, qui suit Yves, French et Tchoub. Dans les portions rapides il a un peu de mal. Apparemment il préfère le très serré, si possible avec gravillons. Lors d’un rassemblement, Papy Jacques exprime le désir d’essayer ma moto. Il a lui-même la même moto, une Fazer 600, mais un modèle antérieur. Il se plaint depuis le début de cette Varoise d’un manque de confiance que lui inspire sa moto, notamment lors de la mise sur l’angle, où il a l’impression de glisser de l’arrière. Il voudrait que quelqu’un essaye sa moto pour voir s’il y a quelque chose qui ne va pas. Nous échangeons donc nos montures et je me retrouve sur la Fazer 600 noire de Papy Jacques sur quelques dizaines de kilomètres. Je ne trouve rien de foncièrement malsain à sa moto durant mon essai. Certes le moteur a un peu moins de répondant à bas et moyens régimes, certes les freins ont moins de mordant et il est vrai qu’on a une légère impression de flottement lors de la mise sur l’angle. Mais tous ces changements par rapport à ma Fazer sont très vites intégrés, occupé que je suis à suivre la cadence imprimée par la bande de joyeux lurons qui me précèdent. Rien de rédhibitoire donc, et au bout de quelques kilomètres je ne fais même plus attention à ma monture. Seule la selle customisée Corbin vient de temps en temps me rappeler que je suis sur la Fazer de Papy Jacques, en entravant mes mouvements. Je rends sa moto à Papy Jacques au regroupement suivant en lui disant que je n’ai rien remarqué d’inquiétant, même si, en effet, la mise sur l’angle donne une impression quelque peu floue, que je ne m’explique pas vraiment. Tchoub fait alors remarquer que cela est peut-être dû au profil des pneus. Les pneus ont en effet un profil carré car Papy Jacques fait une utilisation essentiellement urbaine et autoroutière de sa monture à longueur d’année. Papy Jacques, pour sa part, a eu l’impression d’être sur une autre moto, complètement différente de la sienne. Il a vraiment préféré ma Fazer à la sienne, même si, tout le temps de l’essai, le pot Devil lui a donné l’impression que quelqu’un était juste derrière lui prêt à le doubler. Il ira même jusqu'à nommer Sébastien et sa bruyante CB 500 « Ixilisée » comme principal suspect.

Benito a, quant à lui, plusieurs fois manifesté le désir d’essayer ma Fazer 600. La raison en est simple. Le lendemain, à l’invitation de Moto-Net, il va en effet participer en tant que journaliste à une étape de la première édition du Moto-Tour ! Pour ce faire, il nous quittera ce soir pour aller prendre le train, direction Issoire. Là-bas, il aura la chance de chevaucher une Fazer 600 pour suivre le parcours de l’étape. Yves est vert de jalousie, surtout que cette première édition du Moto-Tour, s’achèvera samedi à Toulon, c’est à dire sur ses routes ! Je suis sûr que, secrètement, il rêve de pouvoir pourrir Dominique Sarron et autres Stephane Coutelle sur leurs sportives. Bon ben en attendant, qu’il se contente de nous pourrir à nous, ça sera déjà pas mal ! Quoi qu’il en soit, Benito voudrait donc essayer la Fazer 600, histoire d’avoir une idée de ce qui l’attend et d’être un peu préparé à l’évènement. Je fais donc l’échange de la Fazer pour la Navigator, bien que je n’aie pas spécialement envie de l’essayer, étant peu à l’aise sur les trails.

Perché sur ce grand échalas de twin caractériel qu’est le Navigator, je n’apprécie pas spécialement les kilomètres qui suivent. Les freins manquent de mordant et j’ai du mal à mettre la moto sur l’angle et à garder une trajectoire. Le moteur, quant à lui, tout bicylindre de 1000 centimètres cubes qu’il soit, n’est en rien comparable au moteur de la RSV. Il a beaucoup moins d’allonge, et surtout, à bas-régime il est plutôt brutal, c’est à dire que lorsque l’on remet les gaz, le moteur semble toujours hésiter pendant une demi-seconde entre une capitulation poussive et une explosion rageuse, l’une ou l’autre alors suivies d’une montée en puissance plus orthodoxe, mais manquant un peu d’allonge à mon goût. Cette brutalité est-t-elle ce que d’aucuns appellent du « caractère » ? J’aurais plutôt tendance à appeler ça un moteur pas abouti. Quoi qu’il en soit, je ne trouve pas ça agréable du tout. Je suis la cadence, qui, heureusement, n’est pas excessivement élevée jusqu'à l’arrêt suivant, et c’est avec soulagement que je m’empresse de rendre sa Navigator à Benito. Il semble avoir apprécié la Fazer. Je ne donne pas toutes mes impressions à Benito sur son nouveau jouet qu’il n’a que depuis une semaine à peine. Après tout, c’est à lui qu’il faut qu’elle plaise cette moto, pas à moi. Une chose est sûre, ce n’est pas cet essai qui va me donner envie d’acquérir un trail.

C’est donc avec plaisir et une confiance renouvelée en ma monture que je monte sur la Fazer pour l’étape suivante. Je me mets dans la roue de Tchoub et nous partons derrière Yves et French pour une très longue spéciale excessivement bosselée mais ô combien jouissive ! Les 2 lascars de tête profitent de quelques dépassements pour prendre le large. Il y a 2 ans, à la Varoise 2, je me souviens de French expliquant sa théorie sur les dépassements à un Yves pour le moins perplexe et réprobateur, mais surtout fort marri de voir cette canaille de French se faire la malle régulièrement lorsque quelque chicane mobile se présentait. La théorie est fort simple dans son énoncé : « les voitures, c’est dans la tête ! ». Il semblerait que Yves ait décidé d’adhérer lui aussi à ce précepte et, à en juger par ce que j’ai pu voir sur cette Varoise 4, il en est devenu l’un des plus fervents disciples.

Tenants d’une théorie, disons plus « matérialiste », sur la nature des voitures, Tchoub et moi effectuons des dépassements légèrement plus circonspects, après lesquels la route s’offre à nous. Et là, sur ce qui ne peut pas être estimé à moins de plusieurs dizaines de kilomètres, nous mettons « gros gaz ». Dans chaque bout de droit, au martèlement lourd du gros twin qui propulse violemment la RSV, répond le miaulement rauque et rageur de la Fazer 600. Rien à faire, la Fazer reste accrochée au gros twin « comme un morpion en hiver », même si pour ce faire, elle doit aller régulièrement flirter avec le rupteur. À 2 ou 3 occasions, elle fera d’ailleurs plus que flirter, et passera à l’acte avec abandon. La route est très bosselée et les guidonnages qui suivent la plupart des réaccélérations en sortie de courbe m’amènent à penser qu’un amortisseur de direction serait un accessoire fort approprié. Dans les courbes, la moto semble sauter de droite à gauche mais se retrouve invariablement sur la bonne trajectoire. Sur un freinage, forcément appuyé, sur une série de grosses bosses, je crois bien me faire désarçonner par une ruade de ma monture quand je me retrouve à cheval sur le réservoir. 

Devant moi, je vois les ruades de la RSV précéder celles de ma Fazer d’une fraction de seconde. Dans ce rodéo, Tchoub et moi semblons parfois être deux pantins désarticulés, survolant ces bosses au mépris des soubresauts de nos montures. 

Je ne sais pas si le bonheur se vend au kilo, mais je suis sûr que pour nous il se mesure en kilomètres et nous en avons reçu une sacrée ration là. Pour un peu, ça ne serait plus du bonheur, mais de la béatitude !

Pourtant, à un moment donné, je vois Tchoub littéralement rendre la main. Il se secoue les avant-bras. Il semblerait que les bosses aient fait leur œuvre… Il me fait signe de passer, mais je refuse : on s’amuse trop, pas question qu’il abandonne ! Après quelques centaines de mètres qu’il met à profit pour se relaxer, nous repartons de plus belle, mais pas pour longtemps. Après avoir passé un pont, nous arrivons à une intersection où Yves et French se sont arrêtés pour nous attendre. Jean-Paul n’est pas loin avec sa FJ 1300 et arrive bien vite. 

Nous attendons le reste de la troupe et repartons en direction de Mons où nous ferons une pause face à un magnifique panorama, tellement magnifique qu’il semblerait que l’on voit la Corse ! Un débat s’engage pour savoir si c’est bien la Corse que l’on voit. Il semble difficile que ce soit quoi que ce soit d’autre et je suis convaincu que ce sont bien les sommets de l’Île de Beauté qui s’offrent à nos regards, malgré la distance qui nous sépare du Monte Cinto et des autres points culminants de son relief accidenté. Peut-être même sommes nous aidés par quelque effet d’optique résultant du jeu de la réfraction et de la réflexion entre les différentes couches de l’atmosphère et la surface de la Méditerranée. 

Quoi qu’il en soit, la pause s’achève bientôt et nous repartons par une toute petite route pour la visite culturelle de cette Varoise : l’aqueduc romain de la « Roche Taillée ». Pour y parvenir nous traversons un paysage typique de Provence : un champ d’oliviers parsemés et étagés en plateaux soutenus par de vieilles pierres, baigné de soleil et balayé par le vent. C’est beau.

Nous nous arrêtons plus loin, sur le bord de cette étroite route, au flanc d’un relief rocailleux et auquel s’accrochent courageusement quelques chênes de petite taille au milieu d’arbustes non moins persévérants.

Une mini randonnée de quelques dizaines de mètres à travers une saillie dans la roche nous amène au fameux aqueduc, qui ne risque pas de rivaliser avec le célèbre Pont du Gard, puisque sa présence n’est trahie que par une plaque métallique sur le sol rocheux qui nous informe que le dit aqueduc passe exactement en dessous de nous. Tchoub profite de la présence d’un peu d’herbe tendre entre les rochers pour se coucher lascivement et nous faire sa meilleure imitation de « la naissance de Vénus » d’Alexandre Cabanel. 

Pas plus le vénérable ouvrage antique sur lequel nous nous tenons que les gracieuses poses de Tchoub ne parviennent cependant à nous détourner d’une irréfutable réalité : il commence à faire faim. Nous remontons donc sur la petite route et enfourchons nos montures pour nous rendre à Grasse où nous prendrons notre déjeuner à la cafétéria du Casino local.

Comme d’habitude, le repas est l’occasion, non seulement de se restaurer, mais aussi et surtout de se détendre et se divertir en agrémentant copieusement chaque discussion plus ou moins sérieuse d’une bonne dose de mauvaise foi et de moqueries bon-enfant.

Comme la veille, une soudaine torpeur m’envahit après le repas, mais il faut bientôt repartir. Comme la veille, Tchoub n’a pas l’air beaucoup plus réveillé que moi.

Nous passons par la station service de la grande surface et reprenons notre route, au radar en ce qui me concerne. Il faudra attendre la première « spéciale » de l’après-midi pour que je sorte de ma torpeur digestive. Celle-ci ne tarde pas, sous la forme de la montée du col de Vence.

Encore une fois, je suis dans la roue de Tchoub à l’entame de cette montée. Encore une fois, Yves et French profitent de dépassements pour prendre le large. Par contre, à la différence de ce matin, c’est sur un beau revêtement que nous roulons. Certaines lignes droites entre les virages serrés de ce col sont relativement longues et accusent un pourcentage non négligeable. Il faut toute la rage du petit 600 cm³ pour rester dans la roue du gros twin sur ces portions où la puissance peut s’exprimer sans retenue. C’est qu’il ne fait pas semblant, l’ami Tchoub, il a sorti la cravache et je vois sa monture sursauter à chaque changement de rapport, accompagné d’un imperceptible nuage de fumée grisâtre.

L’écart de puissance entre les 2 machines ne se traduit jamais par plus de 5 ou 6 longueurs, qui sont rattrapées au freinage et en entrée de virage suivant. De montées rageuses dans les tours en freinages d’outre-tombe, en passant par des mises sur l’angle dociles et précises, la courageuse petite Fazer se comporte à merveille. Il n’y a pas à dire, elle ne marche jamais mieux que quand elle a un RSV en point de mire !

Nous rejoignons Yves et French au sommet pour une pause qui nous permet de tous nous regrouper avant de repartir.

Nous effectuons une descente tranquille, profitant des superbes points de vues qui la jalonnent. Nous sommes presque au terme de la descente quand nous nous retrouvons bloqués par des travaux. Apparemment l’attente risque de se compter en dizaines de minutes car ils sont en train de refaire la route. Voila un contre-temps fâcheux dans l’itinéraire si expertement préparé par Yves. Nous prenons notre mal en patience et mettons à profit cette pause impromptue pour nous abreuver, discuter,  nous relaxer. Une dizaine de minutes plus tard, le signal du départ est donné. Par qui, on ne le saura peut-être jamais, mais toujours est-il que, après avoir dûment doublé les voitures qui attendaient devant nous, nous nous retrouvons nez à nez avec des ouvriers éberlués de nous voir nous engager insolemment sur l’épaisse nappe noire de bitume fumant qui recouvre la route. De toute évidence, la dameuse n’est pas encore passée et mes compagnons creusent de larges et profonds sillons devant moi dans la masse tiède et collante, leurs roues arrachant à chaque révolution une importante masse de graviers poisseux à leur noire matrice et les projetant sur la face intérieure des garde-boue dans un crépitement soutenu. Ça n’est pas du goût de French, qui me précède et décide de sortir de la couche de bitume en passant sur la voie de gauche. Je le suis. Malheureusement, au bout de quelques mètres, la voie de gauche est bloquée par la dameuse et il faut remonter voie de droite bitumée de  frais. Ce faisant, l’arrière de la SV de French ripe allègrement sur le bord épais et instable de la couche de bitume. J’évite ce désagrément en abordant la marche sous un angle d’attaque plus franc que French.

Nous finissons tout de même par nous extraire à la molle étreinte de la précaire nappe noirâtre et poursuivons notre descente sur les quelques centaines de mètres qui restent, toujours accompagnés du crépitement que produit l’impact des graviers projetés par les pneus sur toutes les parties de la moto à portée de force centrifuge et avec la désagréable et distincte impression que nous roulons sur une épaisse couche de gravillons. Nous nous arrêtons au stop qui marque la fin de la descente. Certains ont préféré s’arrêter plus haut, juste après la zone de travaux. Les pneus sont littéralement enrobés d’une gangue de bitume incrustée de gravillons et autres saletés collectées sur la route. Ce ne sont plus les pneus qui collent à la route, c’est la route qui colle aux pneus ! Sans compter la couche de bitume qui  doit maintenant tapisser l’intérieur des garde-boue et autres recoins inférieurs de la moto. Chaque moto doit bien s’être lestée de 2 ou 3 kg dans l’affaire. Nous ramassons des pierres sur le côté de la route, et comme au plus beau temps de l’âge de pierre, accroupis, nous les utilisons comme grattoirs pour essayer de débarrasser nos pneus de l’infâme substance. La tâche s’avère tout autant pénible que vaine. Une seule solution pour obtenir une abrasion capable de libérer nos pneus de leur gangue: rouler. Certes, il faudra rouler tranquillement et progressivement au départ, ce qui, au grand dam de Yves, va nous gâcher la prochaine spéciale qui se présente sous la forme d’une montée qui part justement du stop où nous sommes arrêtés.

Ceux du groupe qui s’étaient arrêtés juste après les travaux finissent par nous rejoindre, après avoir constaté les même dégâts que nous et tenté les mêmes dérisoires mesures afin de pallier l’immédiat problème d’adhérence qui se présente à nous.

Nous repartons donc prudemment. On sent, à l’instabilité de la moto, de gros morceaux de bitume ou de gros graviers se détacher, on les entend venir frapper les dessous de la  moto, on les voit voler des motos qui nous précèdent et rebondir sur la route. Progressivement, la fréquence de ces manifestations diminue et on retrouve des sensations normales au guidon. Ce faisant, le rythme s’accélère progressivement et je me mets dans les roues de Yves et Tchoub. Pourtant, sur un freinage, je sens l’avant nettement décrocher. À l’évidence, le pneu n’est pas encore complètement débarrassé des kystes que forme l’amalgame de bitume et de graviers. Autant sentir l’arrière décrocher gentiment peut être amusant, autant sentir l’avant décrocher est une sensation que je préfère éviter. Je rends donc un peu la main. Yves et Tchoub n’ont pas le temps de s’éloigner de plus d’une trentaine de mètres que nous nous retrouvons de nouveau stoppés par des travaux. Décidément ! Ici, apparemment, ils sont en train de cimenter l’intérieur d’un court tunnel. Nous remontons les quelques voitures déjà arrêtées et posons les motos devant la barrière qui coupe la route et nous informe d’un temps moyen d’attente de 20 minutes. Encore une pause imprévue. Il va peut-être falloir faire des coupes sombres dans le roadbook.

Je profite de la pause pour juger de l’état de mes pneus. Comme il me semblait, c’est en net progrès, mais ils ne sont pas encore propres, loin s’en faut.

Nous repartons enfin au bout d’une dizaine de minutes et traversons le petit tunnel, presque une simple arche rocheuse en fait, au milieu d’un nuage de poussière et les roues dans un ruisseau d’eau grise. Espérons que nous avons vu la fin de cette frénésie de travaux routiers que l’approche d’élections locales semble avoir déclenchée.


_________________
Les Animateurs
Revenir en haut
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Les Animateurs
_________________________________


Inscrit le: 16 Jan 2006
Messages: 1736
Localisation: Animateurs

MessagePosté le: 17 Jan 2006, 14:11    Sujet du message: Répondre en citant


Nous nous arrêtons brièvement de nouveau au milieu d’un vert plateau lorsque nous prenons une jolie route à gauche, bordée de grands et sombres sapins, qui débouche sur une tendre prairie avant d’attaquer la montagne. Ce n’est pas une pause mais simplement un arrêt pour permettre à tout le monde de se regrouper. Yves en profite cependant pour réquisitionner la CB 500. Il est à peine en selle qu’il voit French partir comme un furieux, avec Tchoub dans sa roue. French le séditieux a encore frappé ! Son tempérament factieux et facétieux a repris le dessus et il a même dévoyé Tchoub en l’entraînant à sa suite. Pendant une fraction de seconde, je suis bien tenté de les suivre, de m’écarter moi aussi du droit chemin, mais je ne peux m’empêcher de rire en voyant Yves lever les bras et secouer la tête de colère à la vue de l’insolente rébellion.

Nous repartons donc, à la poursuite des deux mutins. Après avoir rapidement traversé une verte prairie, nous attaquons la montagne.

Je suis dans la roue de Jean-Paul, qui suit Yves sur la CB 500. Le rythme est enlevé, certes, mais tout de même en deçà  du rythme d’une spéciale, or, à en juger par le profil de la route, nous sommes bien dans une spéciale. Il faut bien se rendre à l’évidence : Yves nous bouchonne ! On aura tout vu !

Au détour d’un gauche au milieu duquel part une route à droite, nous retrouvons ce mécréant de French et Tchoub la brebis égarée. Ils se sont arrêtés pour nous attendre.

Ils ne manquent pas de se faire tancer d’importance par Yves dont ils ont encouru l’ire par un innommable crime de lèse-majesté : il est formellement interdit de pourrir le chef !

Une fois les deux mutins rentrés dans le rang, c’est à Jef d’en sortir. Mais il a, lui, l’autorisation de partir devant nous : il veut aller à Toulon pour faire changer son pneu arrière, et doit donc y arriver avant l’heure de fermeture. Il part donc devant pendant que nous finissons de nous regrouper.

Nous repartons bientôt, et je suis Yves, French et Tchoub sur cette belle route de montagne qui nous gratifie de beaux virages et de beaux paysages, bien que les premiers aient tendance à occulter les derniers, même si, encore une fois, le rythme imposé par Yves sur la CB 500 n’est pas tel qu’il rende tout tourisme impossible. Cela ne nous empêche toutefois pas de rattraper bientôt Jef et de le pourrir une dernière fois, en toute amitié, comme on prendrait un dernier verre, pour la route en quelque sorte.

Notre pause suivante, pendant laquelle va s’opérer une petite partie de motos musicales, se fait au pied d’une petite route bosselée qui monte sous un couvert boisé. Tchoub manifeste le désir de chevaucher la Fazer, et, bien que je ne sois pas dupe que ce désir ait été motivé par la vue de la route qui nous attend, c’est avec plaisir que j’accepte de refaire un petit tour de RSV, quand bien même ce serait sur les bosses. Yves, quant à lui, cherche à refourguer la CB 500 après s’être vaguement plaint des freins mais en assurant que c’est un vrai jouet. Il va donc rendre la CB 500 à Sébastien et reprendre son Africa Twin quand il jette soudain son dévolu sur la RSV que je m’apprête à enfourcher et me propose l’Africa Twin en échange. Je n’ai vraiment aucune envie de prendre l’Africa Twin, car je ne suis pas à l’aise sur les trails, et surtout, je la trouve beaucoup trop haute pour moi, ce que je fais savoir à Yves. Sébastien propose alors de rester sur l’Africa Twin, qu’il a l’air de bien apprécier, et de me laisser la CB 500. C’est à ce moment précis que je me suis fait couillonner. Devant ma légère réticence à lâcher la RSV pour la CB 500, Yves décide de me la faire aux sentiments. Il prend un petit air triste, lâche un faible « bon, tant pis » dépité et se dirige, la tête basse, vers l’Africa Twin. Le stratagème est couronné de succès et, cinq secondes plus tard, je me retrouve sur la CB 500. Machinalement, je teste les commandes, et c’est avec horreur que je découvre que le levier de freins promène son interminable course spongieuse jusqu’à venir littéralement buter sur la poignée d’accélérateur. Quelle puissance de freinage puis-je donc espérer, moi qui freine avec un seul doigt, en laissant les autres sur l’accélérateur ? Mes doigts vont forcément bloquer la course du levier de frein ! Il est trop tard pour faire marche arrière car nous partons déjà. Je teste le freinage dès les premiers mètres, et mon sang se glace d’effroi en formulant la réponse à la question que je me posais plus haut sur la puissance de freinage que je pouvais espérer : aucune ! Il faut absolument freiner avec tous les doigts, afin de ne pas entraver la course du levier, et quand bien même, au sortir du Fazer, il semble que la CB 500 ne soit tout simplement pas équipée de freins ! Je comprends maintenant pourquoi Yves bouchonnait ! Je fais de suite signe à Tchoub de passer devant moi et il rejoint Yves et French. Les trois lascars disparaissent bien vite pendant que je commence mon chemin de croix à allure modérée. Je me surprends continuellement à freiner d’un seul doigt tant il est difficile de se débarrasser de certaines habitudes. Dans ces cas-là, pire qu’une absence de freinage, j’ai l’impression que la moto accélère et bondit vers le virage. Je roule donc comme si je n’avais pas de freins, ce qui, vu mes obstinées habitudes de freinage, est essentiellement le cas. Je regarde fréquemment dans mes rétros, histoire de laisser passer mes compagnons au cas où je bouchonnerais. Justement, dans mes rétros, de temps en temps, je vois Sébastien sur l’Africa Twin et je ne peux m’empêcher de penser qu’il n’est pas étonnant qu’il apprécie tant la grosse Honda : une moto avec des freins, c’est toujours appréciable !

Apparemment je ne bouchonne pas, et c’est donc en tête de ce deuxième groupe que j’arrive à une intersection où je m’attendais à voir Yves, French et Tchoub nous attendre vu la configuration de la bifurcation. Il n’en est malheureusement rien et je me trouve confronté à un choix Cornélien : à droite ou à gauche ? Je jette un rapide regard inquisiteur à mes compagnons, en quête d’un indice quant à la direction à prendre, mais ils n’ont pas l’air plus décidés que moi. Vers la droite, la route paraît monter et je me souviens avoir entendu Yves mentionner lors de notre dernier arrêt que, après cette première petite route, nous allions monter vers un patelin dont le nom m’échappe, malheureusement. Le panneau indique que la route de droite va vers Mons. Le nom m’est familier, j’ai dû l’apercevoir sur le roadbook, et je décide donc de prendre à droite, suivi par mes compagnons. Las, si le nom de Mons m’est familier et qu’il est bien sur le roadbook de la journée, c’est tout simplement parce que nous y sommes passés ce matin. Il n’est pas prévu qu’on y repasse cet après-midi. En clair, nous partons à l’opposé du groupe de tête. Après quelques kilomètres, nous arrivons à Mons, sans aucun signe de nos compagnons. Là, dans ce petit village désert et balayé par un vent violent, nous nous arrêtons au bord de la minuscule route. Jean-Paul sort une carte de la région et il ne faut pas moins de cinq personnes pour la maintenir en place et l’empêcher de s’envoler ou de finir en lambeaux tant la violence du vent est grande. Un roadbook, sorti précipitamment, ne fait pas l’objet de telles attentions et est promptement arraché aux mains de son propriétaire par le vent. En à peine 2 ou 3 secondes d’un vol erratique il disparaît après avoir tourné l’angle d’une petite maison en pierres plates à une cinquantaine de mètres de là. Heureusement, il nous en reste en réserve. De plus, nous réussissons à joindre Yves et notre situation s’éclaircit. En continuant sur la même route, nous parviendrons à rejoindre nos compagnons, car il semblerait que nous ayons pris un côté d’une boucle formée par le réseau de petites départementales locales, alors que nos compagnons, suivant le roadbook, sont passés par l’autre côté de la boucle. Je profite tout de même de l’arrêt pour demander à Sébastien s’il ne pense pas avoir un problème avec ses freins. JPF, me propose gentiment de m’échanger la CB 500 contre sa VFR, une offre que je m’empresse d’accepter, non sans avoir transmis à JPF mon évaluation lapidaire des freins de la CB 500.

Nous repartons donc à la rencontre de nos compagnons mais nous retrouvons derrière un car de ramassage scolaire. Il prend toute la largeur de la minuscule route, ce qui nous force à prendre notre mal en patience et à rester sagement derrière. Ce n’est qu’au bout de plusieurs kilomètres que nous pouvons enfin le passer, et, quelques centaines de mètres plus loin, nous retrouvons Yves qui nous attend à une intersection. French et Tchoub manquent à l’appel car, ne nous voyant pas arriver, ils étaient partis à notre rencontre avant que nous n’ayons pu contacter Yves. Ils ne tardent cependant pas à arriver et il semblerait qu’ils aient mis à profit ce contre-temps pour se faire une petite spéciale, notamment Tchoub, ce chenapan, qui, d’après les dires de French, s’en serait donné à cœur joie sur la Fazer. Et bien s’il aime la Fazer, il peut bien la garder un peu plus longtemps, car j’hérite moi enfin de la RSV que Yves délaisse au profit de la VFR. Lorsque j’enfourche la RSV, je clos du même coup le chapitre le plus noir de ma Varoise 4.

Quel plaisir de se retrouver sur une sportive, mais surtout, quel plaisir de se retrouver sur une moto équipée de freins performants. Pour un peu je ferais des stoppies ! Avide de rattraper le temps et les arsouilles perdus et équipé pour, je repars derrière Yves et French, suivi de Tchoub. Après quelques kilomètres d’une descente avalée à un rythme décent, pendant laquelle Yves se familiarise avec la VFR et je me réhabitue à la RSV, les choses sérieuses commencent. Sur plusieurs dizaines de kilomètres d’une superbe route, un vrai circuit, va se dérouler une des arsouilles d’anthologie de cette Varoise 4. Apparemment, Yves n’a pas de problèmes à s’adapter à la VFR et hausse de suite le rythme. French, fidèle à lui-même sur sa SVS, ne lui rend pas un centimètre et j’applique avec lui la même tactique, pendant que Tchoub disparaît dans les rétros. Nos 3 motos ne se quittent plus et volent de virage en virage. Parfois, comme par jeu, French laisse une quinzaine de mètres à Yves, mais je n’ai pas le temps de le déplorer que, en 2 ou 3 virages, nous sommes de nouveau sur lui. Le gros twin se balade puissamment sur une large portion du compte-tours, entre 3 000 et 10 000 tours, et je ne joue que de 2 rapports.

À la Varoise 2, j’avais décalaminé l’ancien VFR de JPF dans les gorges du Verdon. À la Varoise 4, c’est Yves qui se charge de décalaminer le nouveau VFR de JPF. Il s’y emploie comme un beau diable et décide même de ponctuer, littéralement, la mi-parcours de cette spéciale d’une belle virgule noire, grâce à une remise de gaz optimiste à la sortie d’un virage. Peut-être espère-t-il ainsi nous distancer. Après tout, on est censé marquer une pause lorsque l’on arrive sur une virgule dans un texte. Rien à faire, French et moi jouons les piètres lecteurs et ignorons ostensiblement la ponctuation. Pour sa part, French regarde fréquemment dans ses rétros mais tout ce qu’il voit, c’est encore et toujours la RSV.

Nous débouchons bientôt sur un plateau, bordé de grands champs labourés et battu par le vent, que la route traverse d’une longue ligne droite. Yves semble s’intéresser à la vitesse de pointe de la VFR, French pousse son courageux petit twin et je passe enfin d’autres rapports que la 2 et la 3. Arrivés à peu près au milieu de la ligne droite, je sens une bourrasque de vent nous prendre en écharpe par la droite et je vois French se retrouver subitement déporté sur la voie de gauche. Ca souffle ! Heureusement, nous retrouvons bientôt l’abri du relief, la route reprend ses contorsions et nous notre ballet. Les virages défilent toujours aussi vite, personne ne lâche prise. Mais à force de mettre la pression, il faut bien que ça lâche à un moment ou à un autre ! Dans un gauche serré Yves manque son entrée de virage et part tout droit. Rien de dramatique, il parvient à freiner suffisamment pour rester sur la route et tourner la moto sans même avoir à s’arrêter et reculer ou quitter le bitume. Bien sûr nous aurions pu en profiter pour lui faire l’intérieur, mais nous freinons sagement, le laissons se remettre en ligne et lui emboîtons la roue. Après tout, la règle cardinale de la Varoise a été rappelée avec force, et apparemment avec succès, quelques heures plus tôt et devant tout le monde à cet agitateur de French  : il est formellement interdit de pourrir le chef !

Yves repart de plus belle mais la spéciale s’achève bientôt et nous nous arrêtons pour attendre les autres avant d’aborder la prochaine localité. Aussi loin que soient les derniers du groupe, il ne s’écoulera pas assez de temps avant qu’ils n’arrivent pour que s’efface le rictus béat qui traverse mon visage.

Jean-Paul n’est pas très loin derrière nous et je suis surpris de ne pas voir Tchoub. Il a apparemment décidé de rendre la main pour aujourd’hui et en profite pour escorter Papy Jacques qui commence à fatiguer. Les travaux et l’épisode du goudron sur les pneus nous ont fait perdre pas mal de temps et il commence à se faire tard. Alors que le jour décline, nous décidons de quand même nous arrêter prendre un pot.

Il fait noir lorsque nous repartons. Sébastien nous quitte ici car il n’est pas loin de chez lui et je pense que nous allons faire l’impasse sur le reste du road-book et rentrer à l’hôtel par l’autoroute qui passe à côté de la ville. Quel intérêt en effet y aurait-il à passer par des départementales alors que la nuit nous empêche de nous y amuser tout comme elle nous empêche de profiter des paysages ? Ma question restera sans réponse mais nous finissons bel est bien le road-book.

Ce sont près de 80 kilomètres qu’il reste à parcourir. Papy Jacques est fatigué et a des difficultés à voir dans la nuit profonde qui enveloppe maintenant les départementales désertes. Nous nous adaptons donc à son rythme et lui faisons escorte. Tchoub le guide, Jean-Louis l’éclaire et French et moi fermons la marche pendant que Yves, JPF et Jean-Paul ouvrent la route une centaine de mètres devant. Je suis toujours sur le RSV et il faut bien avouer que la position n’est pas des plus confortables pour se traîner sur des dizaines de kilomètres à petite vitesse. Ce retour semble interminable et pour un peu, l’ennui s’ajouterait à l’inconfort. Nous roulons ainsi depuis une demi-heure quand le signal de réserve s’allume et vient me tirer de mon atonie. Allons bon ! C’est déjà la deuxième fois sur cette Varoise que je me retrouve en réserve sur une moto que je ne connais pas : quelle est mon autonomie ? Les kilomètres continuent de défiler aussi lentement mais sûrement que les minutes et je me dis que dès que nous retrouverons un semblant de civilisation, et plus précisément une station service, il faudra que je m’arrête. Une vingtaine de minutes s’écoule encore avant que, à l’abord d’un grand rond-point, je ne repère une station service de l’autre côté de la route. Je m’apprête à remonter mes compagnons pour leur signifier mon intention de m’arrêter prendre de l’essence, quand French se retourne vers moi et me désigne ostensiblement la station service du doigt. Il est lui aussi en réserve depuis plusieurs kilomètres et doit s’arrêter pour refaire le plein. Parfait, nous irons ensemble, et comme c’est un local, il saura comment rentrer à l’hôtel. Nous laissons donc nos compagnons partir tout droit après le rond-point pendant que nous en complétons le tour pour retourner sur nos pas et accéder ainsi a la station service.

Garée dans la station se trouve une voiture de gendarmerie, mais aucune trace des occupants. Je m’étire en descendant de la RSV. Ce genre de motos n’est pas fait pour rouler doucement. Une fois le plein fait, nous entrons dans la boutique pour nous acquitter de notre dû. French me signale que l’hôtel n’est plus très loin, ce dont je me réjouis. Avec son air malicieux, il me dit qu’on va pouvoir « ouvrir » jusqu'à l’autoroute maintenant que nous sommes seuls. À son grand désarroi, je calme un peu ses ardeurs en lui répondant que je me voyais mal « attaquer » de nuit sur des routes que je ne connais pas, mais, pour ne pas finir sur cette note par trop raisonnable, je m’apprête à lui lancer que « je vais le pourrir à deux cinquante sur l’autoroute », quand les propriétaires de la voiture de gendarmerie sortent d’une arrière salle de la boutique. Je rengaine prestement ma fanfaronnade et me contente d’un « bonsoir » beaucoup moins ostentatoire, qui nous est bien urbainement rendu.

Nous repartons donc et je me cale derrière une fourgonnette blanche qui roule à une allure très correcte et qui a le grand mérite de m’ouvrir la route, tout en l’éclairant. Cette canaille de French profite de la première opportunité pour le doubler et m’inviter à le suivre, ce que je refuse catégoriquement. Pas d’arsouille de nuit pour moi. French se fait une raison et m’attend sagement. Après avoir rejoint l’autoroute, nous arrivons à l’hôtel en quelques minutes.

Je rejoins le reste de la troupe pour le dîner après m’être débarrassé de mon harnachement. Benito n’est pas là car il nous a quittés plus tôt dans la journée pour prendre le train pour Issoire, point de départ de l’étape du Moto-Tour à laquelle il va participer demain. French est là et bien là lui ! Autant dire que le repas se passe dans la bonne humeur et que les éclats de rire fusent.

Demain, nous étrennons une nouveauté sur la Varoise : la journée de repos. Tchoub et sa copine Laure, alias Tchoubette, qui arrive en train dans quelques heures, accompagnée de sa Suzuki GS 500 pour participer au reste de la Varoise, iront passer la journée chez French à l’invitation d’icelui. French, sous de fallacieux prétextes, parvient d’ailleurs à convaincre Tchoub de lui laisser la RSV pour rentrer chez lui ce soir. La vérité sur les réelles motivations de ce farceur de French ne tarde évidemment pas à faire surface : il veut profiter du trajet d’autoroute qui l’attend ce soir pour faire exploser le chiffre de la vitesse maximale atteinte que capture l’ordinateur de bord de la RSV !

JPF bafoue tous les clichés en décidant de mettre à profit cette journée de repos pour aller voir sa belle-mère qui habite dans les environs. Jean-Louis visitera aussi de la famille. Jef, quant à lui, repart demain matin pour aller rejoindre sa famille dans le Tessin. La Varoise 4 se termine donc pour lui.

Le reste d’entre-nous, c’est-à-dire  Yves, Papy Jacques, Jean-Paul et moi, convenons de nous retrouver à 10h30 et de partir à l’aventure pour une petite balade à moto touristique. 10h30 ! Le bonheur c’est simple comme deux heures de sommeil en plus !

L’heure arrive de se séparer et je prends congé de Jef qui sera sûrement parti demain quand je me lèverai. J’espère le revoir bientôt, sans ses béquilles et pour toute une Varoise.

C’est avec volupté que je m’allonge sur le lit et avec délectation que je recule de deux heures l’heure du réveil sur mon téléphone. Il me faudra bien ce surplus de sommeil pour laisser mon corps et mon esprit se remettre de toutes les émotions et sensations accumulées au cours de cette admirable journée. Une telle débauche de sensations que, drainé d’une bonne partie de mon énergie, oublieux des événements de la journée, j’échappe à l’agitation des sens qui m’avait assailli le soir précédent et glisse paisiblement dans un profond sommeil.

Ninou

 
 

Pas de Photo

 

 


_________________
Les Animateurs
Revenir en haut
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Les Bitumeurs Index du Forum -> Les récits des Bitumeurs Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com