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11/05-"Le lundi au soleil .." - Ninou

 
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Les Animateurs
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MessagePosté le: 17 Jan 2006, 15:10    Sujet du message: 11/05-"Le lundi au soleil .." - Ninou Répondre en citant

 
 


    Le Lundi au Soleil   

(d'espagne)


par

Ninou

Novembre 2005


 

 

"... c'est une chance que l'on aura jamais!" chantait l'homme aux magnolias.

 

Certes, mais le lundi à moto c'est une chance que l'on a parfois, comme hier pour moi. Et en plus j'ai même eu un peu de soleil! Pourtant il semblait bien que la chanson n'allait pas être démentie quand je me suis levé à 7h hier matin... Le ciel est noir et menaçant, la chaussée encore humide.

À 8h je suis devant notre hangar, le temps de décharger 8 motos qui reviennent de Málaga, dont la F 650 GS que je dois amener a Barcelone, de s'équiper et de régler les derniers détails et me voilà parti, à 9h.

 

J'ai scruté le ciel et décidé de ne pas mettre la combi de pluie. Le choix est téméraire, d'un optimisme béat même, vu la couleur du ciel où de lourds nuages noirs ont peine a ressortir sur le fonds gris foncé. Pourtant, à l'horizon, on peut remarquer des zones plus claires. On se raccroche au signe le plus infime...

 

Les 60 premiers kilomètres se font sur la M40 pour contourner Madrid, puis la A2, l'autoroute qui va à Barcelone par Zaragoza. Le trafic est étonnamment fluide. Il faut dire que le lendemain est férié et que beaucoup font le pont. Je m'arrête un peu avant Guadalaraja pour faire le complément du plein d'essence avant de quitter l'autoroute et d'attaquer la partie amusante du trajet. Je mets à peine 4 litres! J'avais donc le plein en partant...

 

Le ciel est toujours aussi menaçant et les espoirs que font promptement naître de fugaces trouées dans les nuages sont vite tempérés par la vue des nuées noires accrochées aux contreforts de la partie nord de la Serranía de Cuenca que j'aborde maintenant.

 

C'est parti pour Sacedón, entre les réservoirs de Buendía et d'Entrepeñas, le tout formant la Mer de Castille. Nom pompeux, surtout vu leurs niveaux d'eau après la pire sécheresse qu'ait connu l'Espagne depuis l'établissement de mesures officielles il y a 40 ans. Fort heureusement, les pluies abondantes de ces 10 derniers jours ont soulagé un peu la situation.

 La nationale 320 se décline en grandes courbes et monte résolument. La puissance de la F 650 GS laisse un peu à désirer mais je m'amuse bien quand même.

 Je me retrouve bientôt littéralement la tête dans les nuages, mais il ne pleut toujours pas. Je ressors du gros nuage sombre au bout de quelques kilomètres. Un passage escarpé aux virages serrés me mène à Sacedón. Depuis le début, la route est humide ou mouillée. Une ou deux petites dérobades de l'avant, fort peu agréables, viennent me le rappeler. On va donc adopter un style un peu plus coulé.

 

Malgré l'aspect sombre du ciel, les eaux du réservoir d'Entrepeñas sont d'un joli bleu-vert. Après Sacedón les grandes courbes reprennent. Dans les descentes, je fais attention a ne pas trop depasser 7000 tours en fond de 5 pour ne pas rupter. Les pluies récentes on fait reverdir les vallées environnantes d'où se détache le jaune automnal et lumineux de beaux peupliers.

 

Après Alcocer, je bifurque à gauche sur la CM 2015 qui me permettra de finir ma traversée de la partie septentrionale de la Serranía de Cuenca. La route est variée, mêlant grandes courbes et passages plus serrés. Une nouvelle dérobade de l'avant vient de nouveau tempérer mon enthousiasme et me rappeler que la route est mouillée... et que les Metzeler Tourance, c'est pas du super soft.

Je continue de monter pour me retrouver au milieu des pins et des sapins. Il ne fait pas chaud et je mets les poignées chauffantes sur la position 2. Le ciel est de plus en plus noir et les premières gouttes commencent a tomber. Je me dis que ça serait bête de se faire tremper par un averse maintenant alors qu'il me reste entre 600 et 700 bornes à faire. Je m'arrête donc à l'entrée d'un chemin forestier qui s'engage au milieu de la sombre forêt de conifères et m'équipe de ma très seyante panoplie étanche. En plus de me protéger de la pluie, ça coupera aussi le vent et me protégera du froid.

 

Je repars donc sous une légère pluie, irrégulière, qui m'accompagnera jusque sur le versant opposé de la Serranía de Cuenca. Là, le ciel se dégage, les nuages se font plus blancs, plus élevés et des trouées de ciel bleu apparaissent au-dessus des monts Picaza dont je longerai les contreforts méridionaux après avoir fini ma traversée de la Serranía de Cuenca.

 

Il fait toujours assez froid et je décide donc de garder ma tenue de pluie. Après Peñalen la route est en très mauvais état pendant 6km, jusqu'à la jonction avec la CM 210, un vrai régal de route qui m'amènera au pied des monts Picaza, en passant par Taravilla. Je bifurque ensuite au sud pour me diriger vers la Sierra d'Albarracín.

La route est un véritable bonheur. Après avoir passé le col d'Orihuela (1650 m) et sa superbe forêt de pins à travers laquelle le soleil jouait de ses rayons, le versant opposé est parsemé de feuillus aux couleurs automnales douces et chaudes laissant affleurer par endroits le roc clair.

 

Je suis maintenant en pleine Sierra de Albarracín. La route est un véritable rêve et les différentes essences végétales exhibent leurs livrées les plus éclatantes pour me distraire de ma quête sans cesse renouvelée du virage parfait. Là, dans cette gorge, coincée entre la falaise claire et le Rio Guadalaviar, la route est bordée de peupliers, d'érables, d'ormes, de chênes qui mêlent, qui le rouge vif, qui le jaune lumineux, qui l'orange chaud, leurs couleurs en un camaïeu spectaculaire et sans cesse renouvelé. Au détour de chaque virage un véritable enchantement apparaît devant mes roues. Plus d'une fois je me surprendrai à exclamer un "ouaaaah" admiratif dans le casque.

Passé Albarracín, magnifique village médiéval fortifié, la magie opère encore pendant une vingtaine de kilomètres jusqu'à la plaine où un longue ligne droite de 17 Km me mène jusqu'à Teruel.

 

À Teruel je refais le plein, le témoin de réserve s'étant allumé un peu après Albarracín. Je décide de faire l'impasse sur les 200 Km de petites routes qui doivent me mener à Alcañiz et décide de prendre la N420 puis la N211 à la place. J'ai déjà fait ces petites routes la dernière fois mais j'avais été obligé de sacrifier la fin de mon parcours pour arriver a Barcelone à une heure raisonnable. Aujourd’hui je suis parti de Madrid à une heure raisonnable, mais j'ai un avion à prendre à 20h40 à Barcelone ce soir. Il faut donc impérativement que j'arrive entre 6h et 7h. En passant par la nationale, je m'économise une cinquantaine de kilomètres et je m'assure une moyenne plus élevée. Ceci dit, les deux portions de nationales que je compte prendre ont l'air très sympathique. Les faits me conforteront dans ma décision. De la nationale comme on aime, de celles que la concurrence de l'autoroute, financée au nom de l'Europe, a vidée de son trafic et de celles surtout, qui passent par le col del Esquinazo (1381 m), le col de San Just (1400 m) ou celui de las Traviesas (1180 m).

 

Un véritable plaisir donc que ces 150 Km, sous un ciel incertain, parfois bien noir, parfois ensoleillé. Les champs d'oliviers se font de plus en plus présents, leur terre rouge recouverte par la magie des dernières pluies d'une herbe au vert tendre et d'une myriade de petites fleurs blanches.

 

Après Alcañiz, je continue jusqu'à Gandesa, au pied de la Sierra de Pándols, que j'atteins après avoir passé le col del Moro.

Je refais le plein à Gandesa et bifurque au nord une dizaine de km plus loin. J'ai toujours ma tenue de pluie sur moi. Il fait meilleur, mais le ciel est toujours menaçant. La route est toujours humide ou mouillée depuis le matin. Rares ont été les section sèches, à croire que les averses me précèdent de quelques heures à quelques minutes parfois. Je m'arrêterai cependant à La Granadella, à une cinquantaine de km, pour enlever ma tenue de pluie malgré le ciel toujours menaçant. Je suis proche de la côte et les températures s'en ressentent.

 

La route qui me mène à Ascó puis à Flix est fort amusante, et d'ailleurs les routes le resteront jusqu'à ce que je rejoigne l'autoroute à 180 Km de là. Du Montsant à la Sierra de Montserrat en passant par la délicieuse Sierra de Roquerole, les routes rivaliseront de virages et paysages. Leur "coefficient virolique" (merci BD pour ce fabuleux concept) est très élevé. Par endroits même, il semble être a son maximum théorique, le tout sur un revêtement superbe, ce qui est étonnant tant les routes excessivement torturées tendent à être dans la catégorie "caprine".

 

Dans ces endroits, les 50 chevaux de la 650 GS semblent bien superflus. Coincé entre rail et roc, je négocie au mieux cet excès de circonvolutions et ne peut m'empêcher d'admirer du coin de l'oeil les fabuleux panoramas catalans sauvages qui s'offrent à moi. Un peu plus loin, de retour dans une vallée, j'admire les beaux champs d'oliviers bordés ici de pins parasols, là de cyprès. Puis une nouvelle sierra se présente et je me retrouve au milieu d'une forêt aux couleurs enchanteresse. Les châtaigniers arborent un beau jaune auquel les chênes répondent par un rouge orangé à la fois vif et chaud.

 

Une fois passé Montblanc je profite des cinquante derniers kilomètres avant les 40 Km d'autoroutes qui clôtureront mon voyage. Les virages sont superbes jusqu'au bout et je "joue" avec les dérobades de la moto sur la route encore mouillée. Ça n'est pas très raisonnable s'agissant du train avant mais je sonde très progressivement les limites et tout se passe bien.

 

Arrivé à Igualada, c'en est fini du plaisir, mais après 700 Km, on ne va tout de même pas se plaindre... Le ciel est très noir devant moi, mais le soleil, bas sur l'horizon à cette heure, eclaire les pics acérés de Montserrat sur ma gauche d'une lumière rasante qui les couvre d'une trame complexe d'ombres et de reflets. Devant moi, pas très loin, il pleut et c'est donc un spectaculaire arc-en-ciel sur fond de nuage noir qui accueille mon arrivée a Barcelone. Quelques gouttes commencent à tomber alors que je descends de la moto, devant le concessionnaire BMW.

 

Les projections d'eau de la route mouillée et parfois boueuse au sortir des champs d'oliviers ont maculé mes bottes, le devant des mes jambes jusqu'aux genoux et même mon blouson et mon casque. Je ressemble un peu au mec des pubs BMW pour leur F 650 GS et F 1200 GS. Pas rasé, pas coiffé, couvert de boue séchée. Ça à beau être l'image qu'ils veulent véhiculer, je fais désordre dans cette grande concession BMW, flambant neuve sur 4 étages. Lá, au milieu du marbre brillant et du verre omniprésent, s'étalent, impeccables, des berlines luxueuses, des voitures de sport racées, une HP2 et quelques autres motos de la gamme BMW. Les fils à papa, les jeunes cadres dynamiques aux dents longues, accompagnés de leurs pouff... de leurs "femmes trophée" me regardent bizarrement. Moi, je souris, béatement... s'ils savaient...

 

 
 
 

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